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A l’approche des nouvelles élections municipales, il ne  serait pas inapproprié pour les éventuels candidats et partis de débattre du projet pour la ville, en particulier, la capitale, Port-Louis.

Port-Louis est une ville historique. Elle est le chef-lieu de l’île Maurice depuis au moins en l’an 1735 lorsque Mahé de Labourdonnais avait décidé d’en faire celui des Mascareignes (l’île Bourbon, l’Isle de France avec toutes ses dépendances dont les Seychelles et Rodrigues). Mahé de Labourdonnais avait initié la construction de l’Hôtel du Gouvernement et les principales institutions y ont été implantées au fil de son développement. Parallèlement, Port-Louis est devenue le carrefour du développement, de la rencontre des commerces nationaux et internationaux alors que la culture s’y est installée.

Toutefois, Port-Louis a considérablement perdu de sa touche et inspiration françaises. Aussi n’y a-t-il pas lieu d’être observateur pour constater que Port-Louis fait face à de nouveaux défis qu’il est urgent de relever : crise de l’embouteillage, prolifération de vendeurs à la sauvette (street hawkers) que l’on appelle communément marchands ambulants, régression de la qualité de l’environnement et réchauffement, manque de loisirs, de lieu de culture et d’éducation, délabrement du patrimoine.

Il nous faut de prendre l’ensemble de ces problèmes à bras le corps et y apporter des solutions efficaces. C’est l’enjeu des prochaines élections.

Les solutions pour moderniser le transport à Port-Louis sont multiples et il s’agit de faire preuve d’audace. Il me paraît urgent, toujours dans un souci d’amélioration du bien-être des portlouisiens et des mauriciens en général, d’offrir aux usagers des transports en commun des autobus de qualité. Les autobus qui sont actuellement en circulation offrent peu de confort aux passagers et créent beaucoup de pollution. D’autres types de bus existent en Europe et sont sensiblement différents de ceux qui constituent notre parc autobus. Les autobus européens ont intégré un design moderne et esthétique, une amélioration du confort des sièges, et un réaménagement et la modularité de l’espace. Nous devons nous en inspirer. Les autobus les plus courants dans certains pays d’Europe peuvent aussi transporter environ 100 personnes. Un tel bus équivaut à un bouchon de voitures d’à peu près 1 kilomètre de long, en calculant 1 mètre entre chaque voiture et une longueur moyenne de 5 mètres pour les automobiles. Ce sont notamment les autobus appelés « autobus tandem » ou « accordéon » qui existent à Paris, au Québec, dans les pays nordiques etc. Aussi, des abris bus confortables devraient-ils être installés à Port-Louis. Tout doit être fait pour rendre le bus plus fonctionnel, plus accueillant, plus convenable et, au final, plus attractif pour le voyageur. Une telle problématique n’est certainement pas du ressort d’une municipalité, mais il lui appartient, en tant qu’autorité locale, d’en faire la proposition aux autorités nécessaires pour le bien-être de ses habitants.

La prolifération des vendeurs à la sauvette, dits marchands ambulants, est un problème majeur de la ville de Port-Louis. De manière plus profonde, elle traduit une certaine fracture sociale au sein de la population : celle intégrée dans le développement et celle vivant à la marge. Il appartient aux autorités locales de faire intégrer cette catégorie de marchands dans une économie formelle et digne de ce nom. Il y a lieu de créer de nouveaux marchés à Port-Louis. Le Marché Central droit être agrandi pour créer des étales supplémentaires et d’autres lieux doivent être aménagés pour la création de marchés et de boutiques. Parallèlement, il appartient à l’Etat de mettre en place une politique d’incitation à la création de petites entreprises pour que les sans-emplois condamnés à la débrouillardise puissent mieux développer un commerce et sortir de l’économie souterraine.

La qualité de l’environnement s’est considérablement détériorée à Port-Louis. Ce phénomène était inéluctable à partir du moment où il y a une densité de voiture, une concentration des administrations et un accroissement des immeubles. Il est important pour toute nouvelle construction, et surtout les grands projets, de respecter des règles strictes d’urbanisme et d’environnement. Port-Louis a connu un réchauffement climatique accentué pour ces raisons. Il appartient à la municipalité de lancer une sérieuse politique de l’environnement pour rééquilibrer l’écosystème dans la capitale. Port-Louis doit redevenir une ville écologique phare. Il faut adoucir la circulation, mettre l’emphase sur le vélo, en particulier la nuit. Les trottoirs sont à aménager pour mieux permettre la marche par les piétons afin qu’ils délaissent autant que possible la voiture. Les citadins ainsi que les propriétaires de locaux commerciaux doivent végétaliser leurs murs et toits autant que possible, autrement dit, il faut créer des jardins sur les toits et terrasses. Les espaces verts et jardins de la ville sont à entretenir avec plus d’attention et de professionnalisme afin de favoriser une meilleure qualité de l’air. Tout particulièrement les jardins de la Plaine-Verte, la Compagnie et des Salines doivent retrouver leur charme. Il serait bien inspiré si l’hippodrome des Champs de Mars accueillait en son sein de nouveaux airs attractifs. Les collines et montagnes entourant Port-Louis doivent s’analyser comme un patrimoine forestier qu’il y a lieu de protéger et améliorer pour la qualité de l’air à Port-Louis.

Port-Louis est la capitale de Maurice. Elle doit être la seule capitale au monde qui manque de manière si criante en activités culturelles, éducationnelles et de loisirs. Le Théâtre de Port-Louis, érigé en 1822 d’après de modèle de l’Opéra à Paris, est dans un état de délabrement complet. Or, il pourrait bien être le centre de diverses manifestations culturelles. C’est un patrimoine historique que la ville doit restaurer au plus vite. La Ville doit multiplier les activités culturelles, notamment le week-end, car elle ressemble trop à une ville morte hors des heures de bureau. Dans le même ordre d’idée, les parcs de loisirs sont à réaménagé pour être plus conviviaux et attractifs pour les jeunes. Enfin, Port-Louis a besoin d’une bibliothèque moderne et dignement fournie en ouvrages et ouverte durant le week-end.

Port-Louis est l’héritière d’un riche patrimoine immobilier. La conservation de ce patrimoine est un devoir envers l’humanité toute entière. Les maisons coloniales font partie du décor architectural de la ville. Il revient à la municipalité de sensibiliser les propriétaires privés à la conservation et restauration de ce patrimoine.

L’ensemble de ces propositions n’est bien entendu pas exhaustif. Il ne s’agit que des idées phares autour desquelles devrait être axée une nouvelle politique de développement à Port-Louis. Tel est mon sentiment.

Dr Ismael DILMAHOMED, publié in Le Mauricien du 21 juin 2011

Dans toutes les sociétés, les jeunes ont été les moteurs du changement. La France l’a connu en mai 1968 et ce mouvement a retrouvé son expression à Maurice en 1975. Les pays arabes connaissent aujourd’hui un bouleversement sociétal grâce principalement à une jeunesse qui a su braver la répression. La jeunesse n’est pas responsable du monde en crise dans lequel nous vivons mais elle est la première à subir les difficultés. Nous devons pour cela avoir une politique de la jeunesse, leur tendre la main afin d’anticiper intelligemment leur appréhension.

Les temps sont durs et il est devenu beaucoup plus difficile de devenir adulte malgré tous les progrès technologiques dont disposent les jeunes pour s’épanouir. Il est plus difficile parce que l’insertion professionnelle d’un jeune est un véritable parcours du combattant. Autrefois, le jeune diplômé d’une université étrangère qui retournait à Maurice était accueilli presque sur du velours. Aujourd’hui, de nombreux jeunes diplômés cherchent dans un premier temps à retrouver un emploi ailleurs et en cas d’échec seulement ils retournent au pays natal. Parallèlement, de nombreux jeunes qui ont abandonné les études ou qui sortent du système scolaire sans diplôme ont la plus grande difficulté pour se frayer un chemin au sein de notre société.

L’île Maurice est à un tournant de son développement. Nous avons connu une grande réussite économique là où d’autres nations ont lamentablement échoué. Nous pouvons être fiers de notre croissance économique malgré la crise mondiale à laquelle nos dirigeants ont eu à faire face. Maurice est en développement économique constant.

Cette réussite économique ne sera pas pérenne si la jeunesse ne trouve pas sa place au sein de notre société et n’est pas dans une situation optimale pour prendre la relève le moment venu. Déjà nous pouvons ressentir un éloignement de la jeunesse, pas tous les jeunes heureusement, de la politique. La jeunesse d’aujourd’hui ne vit plus les mêmes expériences que les générations précédentes : la société, les repères idéologiques et les grandes problématiques ont changé. Par conséquent le rapport à la politique n’est plus le même, il s’exprime autour d’attentes nouvelles, dans la recherche de nouvelles formes et par des modes d’action renouvelés, qui continuent de témoigner cependant d’un attachement profond aux valeurs démocratiques, de justice, d’équité et de développement. Un jeune est plus particulièrement attaché au progrès qu’une personne âgée.

Il est de notre devoir de comprendre la jeunesse et de lui tracer un chemin ou à tout le moins de le lui faciliter.

Notre jeunesse a besoin d’une éducation plus élargie. Notre éducation est caractérisée essentiellement par une formation essentiellement académique. Il y a lieu de consacrer une part de civisme, de culture politique afin que la chose politique ne soit pas réservée mais démocratisée à l’ensemble de nos jeunes. Nous devons apprendre à nos jeunes les valeurs des sociétés modernes.

Aussi, chaque jeune doit pouvoir faire valoir ses talents. Le décrochage scolaire ne doit pas être une fatalité. Nous devons mettre en place un système d’orientation à la jeunesse, une structure qui permet d’identifier chez chaque jeune qui en éprouve le besoin ses talents, ses aptitudes et l’accompagner dans son évolution naturelle. Ceux qui sont sortis du système éducatif sans qualification doivent avoir droit à une formation et bénéficier d’une politique de l’insertion par le travail ou une formation de type professionnel. L’éducation académique gratuite seule n’est pas suffisante et ne sert qu’une partie de la jeunesse, plus particulièrement la partie la plus aisée.

Par ailleurs, l’Etat serait bien inspiré à mettre en place une nouvelle politique d’accueil de sa nouvelle élite. Un débat s’est instauré sur l’obligation pour les boursiers d’Etat à retourner à l’île Maurice pour exercer un emploi une fois la formation terminée. En réalité, la problématique de ce débat est mal posée. Nous devons inciter nos jeunes diplômés des prestigieuses universités à venir servir le pays ou notre société. Les jeunes diplômés ont le sentiment, à tort ou à raison, de ne pas être accueillis à la hauteur de leur nouvelle capacité. Maurice doit reconnaître ses enfants et leur accorder la possibilité de s’épanouir professionnellement. Car nous sommes à peine plus d’un million d’habitants et nous ne pouvons avoir le luxe de perdre notre élite, qui d’ailleurs réussit merveilleusement bien sous d’autres cieux.

Notre jeunesse, c’est notre capital et c’est bien aussi notre avenir. Une politique forte et attrayante à l’égard de la jeunesse est nécessaire.

Dr Ismael DILMAHOMED, publié dans Le Mauricien du 11 février 2011

La République de Maurice, par la voix du Dr Arvin Boollel, Ministre des Affaires Etrangères, a fortement affirmé la souveraineté du pays sur l’Archipel des Chagos, dont bien entendu Diégo Garcia, lors de son intervention à l’Assemblée Générale des Nations Unies le 28 septembre 2010. Notre pays ne peut pas renoncer à son intégrité territoriale.

Au-delà de l’affirmation et du respect de notre souveraineté pleine et entière sur les Chagos, nous devons également, dans un souci de cohésion nationale, accorder la place qui est due à la communauté chagossienne dans l’édifice de la nation mauricienne. Cette communauté fait partie de notre peuple et de la nation mauricienne. Or, les autorités britanniques, sans doute aussi parce qu’elles ont été contraintes juridiquement, ont fini par accorder la citoyenneté britannique aux membres de la communauté chagossienne, ce qui a depuis provoqué l’émergence d’un certain conflit, ou à tout le moins une divergence, entre la position de Maurice et celle de la communauté chagossienne. Maurice revendique exclusivement sa souveraineté. Les chagossiens réclament eux uniquement leur droit au retour et une forte indemnisation en ne souciant pas de la question de souveraineté mauricienne ou britannique ou même en indiquant qu’ils sont désintéressés de la revendication mauricienne dans la mesure où ils sont désormais britanniques.

Je pense que Maurice gagnerait dans sa revendication si elle bénéficiat de l’appui de la communauté chagossienne. Nous devons nous rapprocher de la communauté chagossienne et confirmer aux chagossiens qu’ils font partie intégrante de la Nation mauricienne. Celle-ci est plurielle, non pas seulement en terme d’ethnie et de religions comme on l’entend souvent, mais dans sa composition géographique. La Nation mauricienne est composée de quatre peuples : le mauricien, le rodriguais, l’agaléen et le chagossien.

S’agissant du chagossien en particulier, il a le sentiment, sans doute à raison, que la création de l’Etat de Maurice (ou notre accession à l’Indépendance) a été un acte criminel à son encontre commis par les autorités britanniques dans la mesure où il a été victime d’une déportation en masse de son lieu de résidence habituelle. Olivier Bancoult considère que le 12 mars est un jour de deuil pour sa communauté car la déportation a eu pour conséquence plus ou moins directe le décès de certains chagossiens.

L’île Maurice doit renouer ses liens avec la communauté chagossienne. Je pense que, ne serait-ce que sur un plan symbolique, nous devons commémorer une journée à la mémoire de la déportation des chagossiens.

La déportation en masse d’un peuple est un crime contre l’humanité. Les chagossiens en sont victimes. Les peuples victimes ou leurs descendants commémorent les faits d’un crime contre l’humanité. Les exemples sont nombreux dans le monde.

Je suggère que le 1er mai de chaque année soit une journée de commémoration de la déportation. Le 1er mai est un jour férié presque dans le monde entier. Il permettra une plus grande participation de la nation mauricienne aux cérémonies de la déportation. La diaspora mauricienne hors de Maurice pourrait participer massivement à l’évènement avec le soutien des missions mauriciennes et l’appui des organisations internationales de défense des droits de l’homme. Eventuellement, nous pourrions choisir le 8 novembre, date de la scission des Chagos du territoire mauricien par les autorités anglaises. Si l’on veut être plus fidèle à la chronologie des faits, la date à retenir devrait alors être le 17 juillet, car elle marque le début de la déportation des chagossiens en 1966.

Dr Ismael DILMAHOMED

Ancien Ambassadeur de Maurice en France

(Article publié in Le Mauricien du 4 octobre 2010, pages forum)

La femme doit s’engager davantage dans la vie politique. Ce sont à la fois un vœu, renouvelé récemment par Navin Ramgoolam lors d’un atelier de travail de la Commission de l’Océan-Indien, et un mouvement d’ordre mondial que l’on doit accompagner ici à Maurice pour des raisons tenant avant tout à l’égalité des droits. L’engagement féminin pourrait apporter une certaine moralisation et une meilleure civilité au comportement des acteurs politiques. Tel qu’il a été développé et conceptualisé par Nicholas Machiavel dans son célèbre ouvrage intitulé “Le Prince”, l’exercice politique n’a été finalement qu’un art pratiqué par le genre masculin pour conquérir ou se maintenir au pouvoir tout en étant accompagné de faits de scandales, de coups, et d’abus. La référence aux valeurs morales transcendantes, l’intérêt supérieur de la Nation ou la poursuite d’une utopie comme le prônait déjà Platon ont été reléguées à un plan nettement accessoire ou secondaire. Une féminisation de la politique serait susceptible d’accorder un nouveau souffle à celle-ci en lui redonnant ses lettres de noblesse et de vertus. L’exercice politique pourrait être refondé. Ce qui est nécessaire pour que les jeunes s’intéressent davantage à la collectivité et son devenir.

La dernière campagne des élections générales de 2010 a démontré que l’avancement de la place faite aux femmes n’était que timide. Peu de femmes ont reçu l’investiture des grands partis, sans doute en raison de l’absence de potentiels féminins prêts à s’y engager, et il va de soi que très peu d’entre elles ont été élues.

Il serait dès lors opportun, au-delà des déclarations d’intention, de s’interroger sur les moyens concrets à mettre en œuvre pour une meilleure participation des femmes à l’activité politique à Maurice.

Les partis politiques de Maurice doivent prendre l’engagement de d’exercer différemment la façon de faire de la sensibilisation, ainsi qu’ils l’ont fait à propos de l’utilisation des affiches et banderoles. Un corps de règles de bonne conduite doit être établi par la Commission de contrôle des élections (Electoral Supervisory Commission) en ce sens. Les partis doivent s’engager à ce que les orateurs lors des réunions publiques (meetings) ou de tout discours public, n’utilisent pas de langage vulgaires, insultants et surtout sexistes. Telle que la société mauricienne s’est développée, avec ses mœurs et ses valeurs, la femme sera peu encline à s’engager dans la politique tant que celle-ci apparaît sale et inélégante.

Les réunions publiques à ciel ouvert sont peu convenables à la présence d’un public féminin en raison d’un manque de confort qu’elles offrent à l’auditoire. Les partis politiques seraient mieux inspirés à privilégier des réunions dans des salles, convenablement aérées offrant bien entendu des places assises. Cela permettrait à davantage de femmes d’y être présentes.

Parallèlement à ce changement dans le style de la pratique politique, une éducation civique et politique doit être dispensée au sein de nos établissements d’enseignement secondaires afin d’inciter les jeunes élèves à s’intéresser de manière plus active au fait de la vie publique. L’éducation secondaire est trop limitée au savoir académique. Une bonne éducation politique pourrait être assurée par des politiciens de tous bords politiques si des politologues ne sont pas à disposition. Il suffit de quelques heures de cours seulement par an pour créer un nouveau climat et une bonne sensibilisation.

Peut-on aussi procéder, comme dans certains pays et dont la France, à l’instauration légale de la parité hommes-femmes à l’accès aux mandats électifs ? Nous devons sans doute nous diriger dans un avenir pas trop lointain vers une telle configuration. La parité légale n’a de signification que si elle est accompagnée de mesures pouvant inciter les partis à la respecter. En France, la Loi module l’aide publique aux partis politiques en fonction de leur respect de l’application de la parité pour la présentation des candidats aux élections. Un parti peut ne pas recevoir de remboursement de ses frais de campagne par l’État s’il n’a pas accordé l’investiture à la hauteur exigée aux femmes. À Maurice, l’État ne prend pas en charge le financement des partis politiques. Il serait dès lors difficile de mettre en œuvre un processus coercitif de parité électorale selon ce modèle. Néanmoins, nous devons nous en inspirer. L’on pourrait imaginer une privation ou une réduction sensible du temps d’antenne télévisée lors de la campagne aux partis qui ne présentent pas suffisamment de femmes aux élections. Ce serait un sérieux handicap que d’être privé du temps d’antenne officiel.

La participation féminine à la vie publique est une question de bonne volonté. Les associations de défense des droits des femmes doivent porter haut et fort leur revendication mais en faisant de suggestions claires et concrètes pour un réel changement.

Dr Ismael DILMAHOMED

Ancien Ambassadeur de Maurice en France

Publié in Le Mauricien du 12 juillet 2010 (forum)

Abandonnée par les Hollandais, notre île est administrée et acquiert une véritable reconnaissance internationale lorsqu’elle est devenue officiellement l’Isle de France, sous administration française. L’administration française a duré presque un siècle (de 1715 à 1810) mais son influence a perduré jusqu’à nos jours. Il est bien connu que Bertrand-François Mahé de Labourdonnais a fait prospérer l’Isle de France très rapidement avec la fondation de plusieurs villes dont Port-Louis, la construction d’édifices administratifs (l’Hôtel du Gouvernement notamment), de magasins, d’entrepôts et de casernes militaires et Pierre Poivre a donné à l’île une structure environnementale et un nouvel aménagement.

Après l’acte de capitulation de 1810 par les Français, l’île est passée sous l’administration britannique mais celle-ci, conformément à leur pratique d’alors, avait indiqué que les habitants de l’île, devenue Maurice, pouvaient conserver leur « religion, lois et coutumes ». Les Britanniques ont consenti à ce que les habitants de l’île Maurice et de l’île Rodrigues continuent d’utiliser leur langue, leur religion, leur Code civil, leurs traditions et leurs douanes. Peu nombreux et n’ayant pas l’intention de peupler l’archipel, les Anglais avaient fait des concessions. Si toutefois les hauts fonctionnaires français ont été remplacés, la grande majorité des Franco-Mauriciens blancs, avaient décidé d’y rester et poursuivre l’exploitation des terres et commerces. Appuyés par le clergé catholique, ils ont opposé une résistance opiniâtre aux velléités gouvernementales de mainmise linguistique.

Le Français a été maintenu jusqu’en 1832 où le gouvernement colonial anglais a imposé une première politique linguistique : la langue anglaise est devenue obligatoire pour les Mauriciens lors de toute communication avec les autorités britanniques. L’année suivante, l’anglais a été érigé en l’unique langue de l’Administration en servant de critère d’embauche dans les services gouvernementaux.

Malgré cette politique d’introduction le l’anglais comme langue officielle, le français s’est maintenu fièrement comme la langue de la société civile cultivée. La presse écrite francophone a maintenu son essor et s’est développé. Des liens avec la France ont repris progressivement et en particulier après la seconde guerre mondiale.

Lors de l’accession de Maurice à l’indépendance en 1968, les autorités britanniques n’ont pu que prendre acte de cette réalité en énonçant que, même si l’anglais est la langue officielle du pays, le français est une langue de travail à l’Assemblée Législative. Les parlementaires peuvent communiquer en Français, ce qui est toujours le cas. Les Gouvernements mauriciens de l’après Indépendance ont réintroduit la réforme des lois d’origine française, dont le Code civil, en Français.

Maurice est membre de la Francophonie depuis le premier Sommet constitutif de 1986 à Versailles. La langue française s’est développée d’une manière très singulière à Maurice. Enseignée dès la maternelle ou les primaires, elle est la langue dominante au sein des médias. La grande majorité des journaux écrits sont publiés en Français. Le journal principal de la télévision nationale se fait encore en Français malgré l’introduction de plus en plus importante du créole lors des reportages. Les radios libres ont consolidé la place du français dans la diffusion de l’information et des émissions. Les chaînes de télévision étrangères reçues à Maurice sont majoritairement en français. Un certain nombre de lycées français ont vu le jour et des certains instituts d’enseignement supérieur offrent des cours en français.

Néanmoins, l’on ne peut que constater que le Français mauricien, tel qu’il s’est maintenu et développé, est resté seulement comme une langue populaire, parlée par la société civile. Il n’a pas pu acquérir de nouveau un statut, même partielle, de langue administrative ou technique. L’Administration mauricienne ne communique officiellement qu’en anglais à quelques exceptions près. Parallèlement, la langue créole, qui était un prolongement du français, évolue vers une autonomie en ayant une graphie phonétique propre et en intégrant de plus en plus de termes anglais. A titre indicatif, l’on ne dit pas en créole ordinateur portable mais bien « laptop » ou encore l’on ne dit pas « micro-ondes » mais « microwaves » etc. La liste peut être longue pour tous les nouveaux objets.

Si le Français a beaucoup progressé dans les médias, il a régressé en tant que langue de l’Etat dans les rares domaines où il était réservé. Très peu de députés s’adressent au Perchoir (Chair of the Speaker) en Français encore. L’ensemble des interventions parlementaires se font en anglais. Dans ce même prolongement, l’idée de traduire le Code civil, texte historique faisant partie de notre patrimoine, en anglais est l’illustration de ce recul du français comme langue même partiellement officielle de notre pays.

Il y a lieu de se ressaisir. Le Français est une langue internationale, officielle de l’ONU et de l’Union Européenne. Nous sommes membres de la Francophonie. Dans notre région, l’Océan-Indien et en Afrique, le Français est très répandu. Nous avons des rapports historiques et culturels forts et une très grande coopération avec la France. Il est dès lors nécessaire d’avoir une véritable politique francophone à Maurice d’autant que le Français est nettement plus accessible aux mauriciens que l’anglais. Notre bilinguisme a fait notre force et la fierté de beaucoup de mauriciens. Nous devons la consolider et lui accorder un nouvel élan.

Dr Ismael DILMAHOMED

Ancien Ambassadeur de Maurice en France

Publié in Le Mauricien du 26 juin 2010

Faut-il aussi créer une deuxième chambre parlementaire, un Sénat, comme elle est communément appelée et comme proposée par l’Alliance du Cœur ?

A première vue, l’idée est séduisante et l’’intérêt peut paraître multiple. C’est vrai qu’il est utile de faire usage de l’expérience des femmes et hommes politiques qui ont dirigé le pays. En général, une deuxième chambre, telle qu’elle existe dans d’autres pays, comporte en son sein des personnalités expérimentées. Aussi, pourrait-elle refléter un rapport de force différent dans le pays, en tempérant toute victoire écrasante d’un bloc sur un autre si son renouvellement a lieu à une période différente. Elle permettrait à une deuxième chambre d’examiner les lois et apporter des amendements souvent bien nécessaires.

Cependant, une deuxième chambre présenterait une hausse considérable des frais de fonctionnement des institutions. Il y a lieu, je pense, de mieux faire fonctionner l’Assemblée nationale d’abord. Par ailleurs, une deuxième chambre parlementaire serait un moyen pour certains politiciens affairistes de se maintenir aux responsabilités sans besoin d’affronter directement le suffrage. En effet, dans la proposition émise par l’Alliance du Cœur, les Sénateurs seront nommés principalement par le Président et le Premier ministre. C’est une méconnaissance du principe de la séparation des pouvoirs et du principe démocratique. L’on sait que le Président est lui-même choisi par le Premier ministre. Dans cette version, le Sénat sera composé essentiellement de personnalités qui sont à la solde du chef du gouvernement. Une telle version du Sénat est à écarter fermement d’autant que la nomination de ses membres n’est qu’un recul de la démocratie !

Dr Ismael DILMAHOMED

Nous devons toucher du doigt un phénomène sérieux qui transcende les partis politiques : le gaspillage des derniers publics par responsables politiques et hauts fonctionnaires. Il n’y a pas besoin d’être expert financier pour savoir que des administrations, des corps parapublics et des entreprises sous la tutelle de l’Etat et des ainsi que des organismes privés bénéficiant d’une aide de l’État sont souvent les plus mauvais gestionnaires des fonds publics, qui, rappelons-le, sont constitués des contributions de nos concitoyens. Le service de l’Audit d’ailleurs le rappelle régulièrement et épingle certaines administrations sans que cela ne soit suivi, malheureusement, d’effet, et encore moins de sanctions.

L’objet de ces lignes est une réflexion sur les moyens que nous pouvons mettre en œuvre afin de combattre ce mal. L’Etat a certes mis en place des institutions pour combattre la fraude et la corruption. Mais le gaspillage des derniers publics par un décideur politique ou un haut fonctionnaire n’est pas un fait tombant sous le coup d’une sanction, soit administrative soit même pénale. Or, c’est bien un domaine où l’argent du contribuable est souvent utilisé à mauvais escient ou même des fois à des fins tout à fait personnelles. A titre d’exemple, l’on peut évoquer le haut fonctionnaire ou le décideur politique qui fait un voyage officiel à l’étranger en menant une vie de grand luxe au frais de l’Etat, alors même que le voyage ne serait pas si opportun.

Il y a lieu, à notre avis, de pénaliser l’usage de mauvaise foi de biens ou de derniers publics ou tout usage que le commis de l’Etat sait contraire à l’intérêt de celui-ci, ou à des fins personnelles. Ainsi qu’il existe dans certains pays, l’on doit introduire chez nous un délit de mauvaise utilisation des deniers publics (misuse of publics funds) sciemment.

Une fois que cette nouvelle infraction est créée, il reste alors à instaurer un nouveau système de contrôle de la gestion et de l’utilisation des fonds publics pour combattre ce phénomène. Actuellement, à Maurice, le contrôle de l’utilisation des fonds publics est opéré par le service de l’Audit, placé sous la responsabilité d’un Directeur. Cet organisme, malgré la bonne volonté de ses acteurs, n’a pas l’indépendance matérielle nécessaire à l’égard des pouvoirs publics qu’il est chargé de contrôler. En effet, l’Audit n’est qu’un département du ministère des finances. Il n’est pas extérieur à l’administration. C’est un service de l’exécutif chargé de contrôler l’exécutif. Son contrôle ne peut prendre que la dimension d’un contrôle interne et non d’un organisme externe.

Deux autres grands modèles de contrôle existent ailleurs, le modèle anglais et le modèle français, en la matière. En Angleterre, le National Audit Office est un organe du Parlement chargé de faire un audit des dépenses de l’administration et d’apprécier l’opportunité des dépenses (Value for Money (VFM) audit into the administration of public policy). Faisant partie du Parlement, il dispose d’une certaine indépendance à l’égard de l’exécutif et ses constats et rapports sont immédiatement exploités par les parlementaires, notamment ceux de l’opposition. En France, l’audit de l’administration est confié au judiciaire, à la Cour des comptes, composée de juges professionnels. Ce système a l’avantage de judiciariser l’audit et de conférer une certaine autorité morale et une plus grande impartialité à ses constats et rapports.

Pour ma part, j’ai un penchant pour le modèle français, à introduire chez nous, en raison notamment des jeux d’alliances entre partis du gouvernement et d’opposition. Le contrôle des dépenses publiques serait plus effectif, en tenant compte des réalités mauriciennes, s’il était confié à un organisme faisant partie du judiciaire qu’au parlement.

Mais, indépendamment de la solution qui pourrait être choisie à Maurice, un constat de l’audit doit faire l’objet d’une communication au Directeur des poursuites publiques en cas de gaspillage de fonds publics en toute connaissance de cause dans l’hypothèse où une infraction pénalisée a été créée.

L’Etat ne peut plus d’un côté demander à ses citoyens ou à ses fonctionnaires de faire des efforts et de comprendre la difficulté économique du pays et de l’autre permettre les plus folles dépenses inutiles bien souvent pour le seul intérêt de l’ordonnateur des dépenses. L’argent mal dépensé aurait, dans bien des cas, pu être utilisé soit pour des augmentations salariales des fonctionnaires, soit pour des projets de développement ou encore pour l’amélioration des services publics.

La lutte contre le gaspillage doit être portée au même titre que celle contre la fraude et la corruption et de l’insécurité. Une réflexion et des engagements doivent être pris sur ce sujet par les partis concourant au suffrage.

Dr Ismael DILMAHOMED

(publié in Le Mauricien du 2 avril 2010, forum)

scene of crime

La montée de l’insécurité est une des préoccupations majeures des mauriciens. C’est ce que le politicien du terrain constate lorsqu’il va à la rencontre de ses concitoyens. La question de la recomposition du paysage politique ou des alliances à venir ou à défaire, qui prédomine malheureusement l’actualité politique, est loin d’être le souci du mauricien qui aspire au bien-être ou la volonté de vivre tous ensemble en harmonie. Une lecture rapide des journaux du pays démontre qu’il existe depuis quelques années une véritable explosion de l’insécurité à travers l’île : personne n’est à l’abri d’une attaque, d’un cambriolage, d’un vol, et même d’un meurtre pour des raisons souvent gratuites. C’est le cas également des touristes qui peuvent être victimes de vols et d’agressions sexuelles bien douloureuses et, par ricochet, catastrophiques pour l’image du pays.

Le mauricien a peur et il a toutes les raisons d’avoir un tel sentiment. Les forces de l’ordre sont souvent impuissantes à affronter des bandes bien organisées ou même de simples groupes de malfaiteurs. Le Judiciaire ne produit pas plus de résultats pour dissuader les éventuels délinquants. Souvent, le procès au fond ne se réalise pas car le dossier a été trop mal bâti par les services de police. Le fait de brutalité policière anéantit l’accusation devant le juge. Aussi, aucune grande affaire criminelle ou de délit économique n’a-t-elle abouti au prononcé d’une sanction judiciaire ces dernières années ! Pour des raisons tenant au respect de la présomption d’innocence, je ne citerai aucune affaire et des personnes mises en cause. Ces dernières ont été arrêtées, parfois emprisonnées pendant de longues années, ou poursuivies mais au final aucune sanction judiciaire n’a été prononcée ! L’affaire s’est tout simplement désintégrée devant le juge.

Il est évident que les services de police manquent de moyens d’expertise. Je ne mets nullement en cause les femmes et les hommes qui composent la force policière, qui dans la majorité des cas font œuvre d’un dévouement et d’un grand attachement à leur fonction. L’on a trop souvent vu les services de police procéder à un grand nettoyage de la scène du crime après la commission de celui-ci, perdant par là-même tous moyens d’exploitation scientifique. Il appartient à l’État d’instaurer une véritable police scientifique comprenant en son sein de véritables techniciens bien formés et qui utilisent les moyens modernes de recherche des auteurs des infractions. L’auteur d’un crime laisse toujours des traces ou, comme le disent les spécialistes de la police scientifique, il signe son crime. Il appartient à la police de pouvoir les retrouver à travers des méthodes de l’analyse balistique, de recherche de traces biologiques (notamment l’ADN) ou matérielles, chimiques etc. L’ADN peut être exploité de plusieurs façons et son utilisation devient efficace seulement lorsqu’elle est corrélée avec un système de fichiers finement exploitables. La Loi sur l’ADN adoptée récemment par le Parlement n’est qu’une petite évolution en la matière en l’absence de moyens donnés aux services de police de constituer autant que possible de fichiers biologiques des personnes interpellées et de croiser les fichiers. Cette loi est bien timide. La police doit pouvoir, comme cela existe partout dans le monde, établir des fichiers informatisés, lui permettant de faire des recompositions sur la base des indices et informations primaires. Un véritable investissement doit avoir lieu dans ce domaine. L’instauration des caméras de surveillance dans des lieux sensibles est une bonne initiative tant qu’elle ne compromet pas le droit au respect de la vie privée de nos concitoyens. Les policiers doivent également avoir à leur disposition des outils informatiques performants également pour l’exploitation des données et les images.

Dans ce même ordre d’idées, une meilleure formation du personnel composant la force policière est nécessaire. Le policier doit être formé, non pas seulement sur un plan physique, mais aussi en technique de recherche et juridique. Notre force policière souffre d’un manque de professionnalisme, par manque de formation et c’est de la responsabilité des décideurs politiques et non des policiers eux-mêmes.

On doit enfin procéder à une mise à jour de nos lois répressives et celles relatives à la procédure policière et pénale. Les lois applicables sont trop anciennes pour être efficaces et productives contre la délinquance. La procédure doit se réaliser avec plus de célérité et de pouvoirs d’investigation de la police.

Sur un plan institutionnel, les services de sécurité doivent être réorganisés. Les services que nous avons actuellement sont l’héritage de la colonisation, laissé par les britanniques à leur départ. Plus de quarante ans après notre Indépendance, il y a un besoin urgent de réorganiser nos services afin de les adapter à l’évolution de la société et du monde. Il me paraît essentiel que le gouvernement ait en son sein un véritable ministère de l’intérieur. Actuellement, les fonctions de ministre de l’intérieur sont occupées, comme depuis toujours, par le Premier ministre. Je pense que ce n’est plus compatible aujourd’hui en raison de la complexité de ce ministère et des nouveaux enjeux et le développement de l’Etat. D’ailleurs, traditionnellement, le Premier ministre cumule également les fonctions de ministre de la défense, et parfois même des affaires étrangères. Lorsqu’il est en déplacement, ce qui est souvent le cas, il délègue l’ensemble de ses ministères, outre la primature et celui de l’intérieur, au vice premier ministre qui hérite d’un coup de plusieurs ministères. Il va sans dire que ce dernier devient surchargé. Un vrai ministre de l’intérieur permettrait à ce ministère de se développer, de mettre en place une véritable politique pénale et sécuritaire pour notre société et d’assurer la continuité de la fonction. Actuellement, le Commissaire de Police, en vertu de la Constitution, dispose d’une grande indépendance et autonomie dans son fonctionnement. Cette indépendance est à préserver mais, en tant que fonctionnaire, il ne lui appartient pas de définir une politique sécuritaire. C’est la fonction même de l’homme politique sous le contrôle du Parlement et du peuple. En l’état, il existe une confusion et dilution des pouvoirs. Il y a lieu de clarifier les fonctions et répartir les tâches et des responsabilités.

Il est par ailleurs tout aussi important de gérer l’insécurité par des mesures sociales en direction des plus démunis ou marginaux. L’insécurité est aussi, on le sait, la conséquence de la précarité grandissante dans laquelle vivent certains de nos concitoyens. Elle est aussi la résultante d’un sentiment d’une mauvaise redistribution des richesses et d’injustice et de manque de pouvoir d’achats. Les affaires de fraude et de corruption touchant les acteurs politiques ou leurs proches collaborateurs, ou encore de grands dirigeants de société commerciales, n’aboutissent jamais alors que le montant des sommes détournées est important. Or, le petit voleur de poule, lui, écope de toute la sanction et de l’arsenal répressif. Cela créé chez le citoyen ordinaire un sentiment de révolte et d’injustice qui sans doute le pousse à la délinquance.

Le combat contre la prolifération de produits stupéfiants doit être mené sérieusement et avec succès. Ces dernières années ont été marquées par une explosion du trafic de drogues et de ses dérivés au vu et au su de tout le monde. Il faut désormais plus d’efficacité dans la lutte contre la drogue. Il en est de même des faits de fraude et de corruption. Certaines institutions doivent être fondamentalement réformées.

Plus largement, la question de la sécurité doit être un thème principal de la prochaine campagne électorale. L’image de la République de Maurice s’est beaucoup ternie en raison d’une recrudescence de faits criminels, de faits de corruption et aussi de mauvais fonctionnement de la chaîne judiciaire. Une réflexion d’ensemble, un véritable débat doit avoir lieu sur la question.

Dr Ismael DILMAHOMED

musulman-dans-le-mondeLes attentats du 11 septembre 2001 et d’autres qui en ont suivi ont projeté, à tort, une image négative de la communauté musulmane. Bien entendu, les forces vives de la communauté ont condamné les plus sévèrement ces attentats en soulignant, avec raison, que la violence aveugle était proscrite dans la religion. Néanmoins, l’assimilation de l’islam à la violence était devenue un réflexe bien aisé de certaines personnes sans doute mal influencées et l’islamophobie avait gagné du terrain.

La fin de l’année 2008 et le début de 2009 marquent un retournement de situation spectaculaire. Une nouvelle approche est prônée envers la communauté musulmane. Plusieurs raisons peuvent expliquer l’attrait récent pour le monde musulman : la force économique de cette communauté dans une situation de crise financière internationale sans précédent ; la croisade menée par l’administration de George W. Bush n’a produit que des effets négatifs contre sa politique ; le génocide d’Israël contre les palestiniens a permis à beaucoup d’avoir une perception différente du musulman.

C’est ainsi que, dans ce nouveau contexte international, les récents attentats en Inde n’ont pas créé de sursaut anti musulman. L’opposition nationaliste en Inde a connu une sévère défaite lors des élections partielles récemment alors même qu’elle avait fait campagne sur les faiblesses du gouvernement indien à l’égard du terrorisme musulman. Cela démontre que l’Inde, comme d’autres grands pays, ne veut plus basculer dans le nationalisme anti musulman ou du sectarisme. C’est tout à l’honneur de ce pays qui est la plus grande démocratie au monde et nous avons tout intérêt à s’en inspirer.

Aussi, l’élection de Barack Hussein Obama marque, du moins dans le discours, une rupture très marquée des relations des États-Unis avec le monde musulman. Dans un entretien accordé à la chaîne Al Arabiya, Barack Obama assure qu’il tiendrait ses engagements de campagne vis-à-vis du monde musulman. Il engagera, sans attendre, l’effort pour faire la paix entre Israéliens et Palestiniens, mais aussi retirera les troupes américaines d’Irak. Il prononcera rapidement un discours à l’adresse des musulmans depuis une grande capitale musulmane. Les États-Unis sont “prêts à lancer un nouveau partenariat fondé sur le respect mutuel et l’intérêt mutuel” avec le monde musulman, ajoute-t-il. “Ce que nous allons offrir au monde musulman dans son acception plus large, c’est la main de l’amitié”, dit-il, après les crispations causées par la guerre en Irak et les politiques de son prédécesseur George W. Bush. Le récent voyage de son Secrétaire d’État, Mme Hilary Clinton, en Indonésie est la démonstration de cette ouverture.

Barack Obama réaffirme son intention de permettre l’ouverture de discussions avec l’Iran en indiquant : « Je pense qu’il est important que nous soyons prêts à parler à l’Iran, pour dire très clairement où sont nos divergences, mais aussi où se trouvent les possibilités de progrès ». « Au cours des prochains mois, nous allons élaborer le cadre général et l’approche. Et, comme je l’ai dit dans mon discours d’investiture, si des pays comme l’Iran sont prêts à ouvrir le poing, ils trouveront une main tendue de notre part », ajoute-t-il.

Dans un message remis au secrétaire général de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), Barack Obama s’est dit « pleinement confiant dans la capacité des États-Unis et de l’OCI à travailler ensemble dans un esprit de paix et d’amitié ».

Par ailleurs et de manière parallèle, la Russie s’engage dans une démarche similaire depuis quelques temps malgré le conflit en Tchétchénie. Le développement des relations de la Russie avec les États musulmans est devenu une priorité de la politique extérieure de Moscou. Vladimir Poutine a affirmé que la Fédération de Russie compte plus de 15% de musulman et que huit des vingt et une républiques autonomes portent le nom de peuples musulmans. C’est ainsi qu’il a pu affirmer, en prenant la parole au Sommet de l’OCI que la Russie « dans une certaine mesure, fait partie du monde musulman » et souligner que contrairement aux musulmans vivant en Europe de l’Ouest, ceux de la Russie sont des autochtones. Allant un peu plus loin, il a indiqué que la présence de l’islam sur le territoire russe est antérieure à celle du christianisme.

Ce rapprochement au monde musulman, et en particulier aux pays arabes traditionnellement proches des États-Unis, permet à la Russie de faire un retour sur la scène internationale, ce qui permettra de compenser l’hégémonie américaine et rétablir un certain équilibre international. Le Kremlin cherche auprès de certains pays arabes une relation politique forte, voire privilégiée, comme au temps de l’URSS.

Accompagnant cette évolution, la finance islamique est devenue aujourd’hui un mode alternatif de promotion économique. Tous les responsables politiques et tous les économistes du monde entier s’accordent sur la nécessité et l’urgence de réformer, de fond en comble, un système financier capitaliste dont les défaillances, les dérives et les dysfonctionnements ont provoqué une crise économique sans précédent.

Des voix s’élèvent pour affirmer qu’une telle crise aurait été impensable, techniquement, en suivant les principes éthiques de la finance islamique.

La finance islamique connait une vogue florissante en Occident. Les conséquences fâcheuses de la crise financière et économique semblent convaincre les Occidentaux de se convertir à la conception musulmane de l’économie. En forte croissance, le marché émergent de la finance islamique suscite, aujourd’hui, un vif intérêt, en particulier auprès des banques et des experts en finances qui y voient un modèle d’économie à la fois «éthique» et rentable et aussi équitable.

La Grande-Bretagne propose déjà ce type de services depuis 2004. La France, pays stricte sur le principe de laïcité, a permis malgré tout l’introduction de la finance islamique sans hésitation aucune et affiche pour ambition de devenir un leader en la matière.

Dans la même orientation, l’Union pour la Méditerranéen, lancée par le Président Sarkozy, va permettre un meilleur regroupement de nombreux pays musulmans de la région. Elle a pour objectif de renouer les relations de la France avec les pays de la Méditerranée en favorisant le co-développement et un partenariat renforcé. La récente tournée de Sarkozy dans le Golfe, notamment à Oman, Bahreïn et Koweït, va dans le même sens d’un renforcement de la présence stratégique française auprès des pays musulmans.

Dans le cadre de cette recomposition du paysage mondial, Maurice ne doit pas rester comme un simple spectateur. Paul Bérenger a eu raison de demander l’adhésion de Maurice à l’OCI. Rappelons que l’OCI est une organisation faisant principalement des œuvres sociales et d’entraide et non religieuses. Elle peut permettre le développement de relations privilégiées de Maurice avec des pays arabes. Maurice doit nouer de fortes relations avec les pays musulmans émergeants, notamment ceux du Golfe Persique et ce pour plusieurs raisons. C’est une région qui connaît un développement économique d’envergure avec l’émergence de puissances économiques comme l’Arabie-Saoudite, les Émirats Arabes Unis, le Qatar etc. Ces pays se sont lancés dans une diversification de leur économie en faveur des nouvelles technologies, du commerce et du tourisme de luxe et des affaires. Nous devons y être présents pour récupérer une partie de ce développement à notre bénéfice.

Nous y avons aussi une relation cultuelle forte avec l’Arabie Saoudite de par le nombre de pèlerins mauriciens (et même réunionnais du contingent mauricien) qui s’y rendent tout au long de l’année. Nous devons avoir une représentation diplomatique dans ce pays. C’est pourquoi un redéploiement stratégique de nos missions diplomatiques dans le monde est nécessaire. Une ambassade de Maurice en Arabie Saoudite permettrait de bénéficier des retombées économiques et également un meilleur déroulement du pèlerinage pour nos compatriotes.

Dr Ismael DILMAHOMED

Ancien Ambassadeur de Maurice en France

Article publié in Le Mauricien le 20 avril 2009 sous le titre”Islamophobie: du changement dans l’air”

Gaza: que faire?

palestinien-et-son-enfant-21Un véritable génocide a eu lieu à Gaza et continue de plus belle. La très respectée ONG Human Rights Watch a indiqué que l’armée israélienne a utilisé des munitions au phosphore blanc dans la bande de Gaza. Selon cette organisation internationale, le phosphore blanc a un important effet incendiaire secondaire qui peut infliger de graves brûlures aux personnes, aux échafaudages, aux champs et plantations et à divers objets civils. Le préjudice potentiel pour les civils est amplifié par la densité de la population de Gaza, l’une des plus fortes du monde. Daniel Fontaine, le Commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire a déclaré qu’”Israël ne respecte pas le droit humanitaire international : une puissante occupante a l’obligation de veiller à la protection des populations civiles. Ce n’est évidemment pas le cas” à Gaza. D’autres bombes contiennent de l’uranium appauvri, qui bien entendu, provoqueront un cancer chez pratiquement tous les sujets de Gaza. L’utilisation par Israël de bombes GBU 39 les a condamnés de façon irréversible à mourir de cancers divers. C’est un véritable carnage qui a eu lieu. Plus de 1000 personnes recensées ont trouvé la mort, sans compter les blessés et les portés disparus. Mais, à long terme, tous les gazaouis sont finalement condamnés à disparaître. Un cessez-le-feu continuera à causer des morts…

Ainsi, Israël poursuit la politique de l’épuration ethnique de la Palestine, débutée six décennies de cela. La communauté internationale est bien coupable de son silence. Les Accords d’Oslo, donnant naissance à l’Autorité de la Palestine, n’a été, au demeurant qu’un leurre. Ils n’ont pas débouché sur la création d’un véritable État de la Palestine viable. La colonisation s’est bien poursuivie après la signature de l’accord et le territoire palestinien s’est fait gringotter petit à petit. La diplomatie appelle à un cessez-le-feu, et certains diplomates serviront ce plat réchauffé de création d’un État de la Palestine encore pour calmer l’opinion des peuples. Mais, malheureusement, il ne sera jamais question, ainsi qu’il l’est depuis plus de 60 années, d’action contraignante à l’égard d’Israël. L’ONU a adopté plusieurs résolutions, condamnant Israël pour sa politique d’épuration, mais aucune résolution n’a été, ainsi qu’elle a été à l’encontre de l’Irak par exemple, contraignante et appliquée par la force. Aucune sanction économique n’a jamais été prononcée contre Israël.

La diplomatie ne mettra d’ailleurs pas en œuvre une action pour engager la responsabilité d’Israël pour le crime contre l’humanité, sans contestation aucune, qui a eu lieu à Gaza et qui se poursuit. Or, la morale internationale doit l’exiger. Dans le passé, l’ONU a mis sur pied des tribunaux spéciaux pour juger, à titre indicatif, des criminels de guerre et de l’humanité contre des responsables Rwandais ou de l’Ex-Yougoslavie. Si l’Israël n’est pas membre signataire du Traité créant la Cour pénale internationale, un tribunal spécial peut et doit être créé pour juger ses crimes. Je salue toutefois le haut commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme qui a demandé des investigations “crédibles et indépendantes” sur des violations du droit humanitaire dans la bande de Gaza et qui pourraient constituer des crimes de guerre. Malheureusement, cette prise de position risque fort de rester lettre morte.

Alors que faire ? L’on ne peut pas rester inactif. Je pense qu’il y a lieu de faire pression sur les grandes diplomaties, qui ont toujours couvert Israël. La pression doit venir des ressortissants des pays occidentaux sur leurs gouvernements respectifs. La population d’origine étrangère vivant dans ces pays ne doit plus donner un blanc seing à leurs dirigeants. A eux d’exiger des comptes de leurs représentants et les interroger sur la politique complice menée et, bien entendu, de les sanctionner, par la voie démocratique, le moment venu. Une forte population d’origine étrangère, sans doute sensible à la cause des palestiniens, est présente dans les pays occidentaux et on le voit avec la consistance des manifestations organisées. Elle constitue une force démocratique qu’il y a lieu d’utiliser désormais à bon escient et au profit du peuple palestinien persécuté.

L’île Maurice, en tant que nation membre de l’ONU, doit assumer pleinement ses responsabilités et devoirs. Oui, nous avons des devoirs. Empêcher un concert d’Enrico Macias, n’est pas une action suffisante, pas plus que la rupture des relations diplomatique avec Israël. La République de Maurice doit proposer des sanctions économiques et la création d’un tribunal spécial pour juger et faire condamner les responsables des crimes contre l’humanité commis. Car après Gaza, ce sera le tour de la Cisjordanie et le nettoyage complet de Jérusalem, et ainsi le peuple palestinien disparaîtra de la planète, et avec, bien entendu, les lieux saints des religions chrétienne et musulmane (Bethléem et la mosquée Al Aqsa notamment). L’on doit réagir pour sauver un peuple, palestinien, composé de musulmans et de chrétiens. Il y a aussi l’intérêt de ces deux grandes religions : le christianisme et l’islam.

Dr Ismael DILMAHOMED

4_cartes_de_palestine_txtsite-21L’année 2009 s’est ouverte à Gaza avec la poursuite des raids aériens israéliens contre la population palestinienne qui ont fait plus de 420 morts palestiniens au 7ème jour d’une offensive qui s’annonce longue après le refus d’Israël de cesser les combats et qui annonce même une poursuite des attaques sur le plan terrestre.

Nous ne pouvons rester insensibles au massacre actuellement en cours à l’encontre du peuple palestinien se trouvant dans la bande de Gaza. L’armée israélienne pilonne aveuglement toute une population civile en faisant, outre des morts, plus de 2000 blessés graves. Les infrastructures sont détruites, les hôpitaux débordés et sans ressources et les morgues saturées.

Auparavant, la force occupante, l’Israël, avait imposé un blocus économique au territoire de Gaza provocant ainsi un véritable désastre humanitaire qui s’inscrit dans le fil conducteur de l’expulsion des palestiniens de leur terre. Toute une population a été privée de nourriture, de médicaments et autres produits de première nécessité pendant plusieurs mois. Ce désastre, insuffisamment dénoncé par la communauté internationale, a causé des séquelles irrémédiables à toute une population civile de plus d’un million et demi de personnes. Cette même population civile est aujourd’hui nouvelle fois victime d’un véritable génocide. Le blessé palestinien, qui n’a pas la protection d’un État, sera livré à lui-même pour affronter la vie, sans aucune indemnité ou autre prise en charge sur le plan matériel. Ce sera également le cas des veuves et orphelins de cette attaque inhumaine.

Il est plus qu’évident que la raison de cette attaque tient à la campagne électorale israélienne en cours. Tzipi Livni, la candidate du parti aujourd’hui au pouvoir, Kadima, était ces dernières semaines à la traîne dans les sondages et devancée par Benyamin Nétanyahou, le chef du Likoud, partisan de la manière forte dans la bande de Gaza. Elle a donc poussé le Premier ministre Ehud Olmert et son collègue de la Défense, le travailliste Ehud Barak, a accélérer la mise en œuvre d’une opération militaire. Pour des raisons purement électoralistes, voilà un gouvernement qui attaque une population civile exilée, tuant femmes et enfants notamment, pour avoir le soutien de ses électeurs et remporter éventuellement les élections. Il est constant pour des électeurs de soutenir son gouvernement en temps de guerre. Ce n’est qu’une tactique, au détriment d’un peuple qui a trop souffert, pour remporter des élections.

Certes, un véritable bal diplomatique va débuter dans les jours à venir pour tenter d’obtenir un arrêt des hostilités. L’on remettra en scène la formule de création d’un État de la Palestine, déjà annoncée à maintes reprises sans jamais suivie d’effet concret, et des négociations entre Palestiniens et le pouvoir Israélien sous l’égide d’autres pays, autrement dit la reprise des négociations. Mais, à aucun moment la question de la responsabilité de la force attaquante ne sera posée. S’il y a des miliciens du côté Hamas qui ont envoyé des rockets sur des territoires occupés par Israël, celui-ne peut avoir le droit, en représailles de bombarder une population civile contrairement aux principes du droit international. Ces mêmes principes doivent s’appliquer à toutes les autorités de la planète de manière équivalente. Les victimes palestiniennes n’auront malheureusement jamais droit à réparation. C’est une méconnaissance du droit que je ne peux accepter. Un palestinien, en tant qu’humain, a autant de droit que n’importe quel citoyen de la planète.

L’État mauricien doit dénoncer un tel désastre humanitaire sans réserves. Le Premier ministre l’a fait lors de ses vœux à la nation. Mais ce n’est pas suffisant. Maurice doit entreprendre des actions concrètes au sein des instances internationales et exiger une sanction à l’égard des responsables de ce massacre. Le droit international ne peut pas s’appliquer de deux manières : de manière forte à l’égard de certains et inapplicable ou bafoué à l’égard des autres.

Dr Ismaël DILMAHOMED

Ancien Ambassadeur de Maurice en France

Publié in Le Mauricien du 7 janvier 2008 (forum)

Depuis l’arrivée au pouvoir, à partir de 1982, de la famille militante, l’île Maurice a connu un développement économique sans précédent. Pour la première fois peut-être, le mauricien est devenu fier de son appartenance à la nation. Maurice a commencé à émerger sur la scène internationale. Le pays a acquis une réputation sur le plan touristique, un savoir-faire industriel et brille dans d’autres domaines. La croissance économique étant au rendez-vous, le mauricien a connu une augmentation de son pouvoir d’achat de manière générale, ce qui lui a permis de bien accompagner la transformation technologique du monde avec l’apparition de nouveaux appareils.

Toutefois, le bien-être du mauricien est loin d’être achevé malgré le boom économique. Un certain nombre de secteurs de la vie économique et sociale nécessite une refondation. Je pense en particulier à notre système de santé, la distribution d’eau potable, le transport collectif et l’éducation tertiaire.

Notre système de santé n’est pas digne d’un pays émergeant. Nous avons un modèle de santé publique/privée calqué plus ou moins sur le système britannique issu du concept de l’État-Providence (Welfare State). L’établissement public de santé (hôpitaux et dispensaires) est universellement accessible de manière gratuite. Le service privé de santé (médecin particulier, clinique etc.) est complètement à la charge du patient. La qualité du service pratiqué dans les deux secteurs n’est pas comparable. Les établissements publics de santé offrent un service de qualité médiocre tant au niveau de l’accueil que de la prise en charge de la thérapie et de l’accompagnement du malade. Les médicaments prescrits et offerts sont loin d’être les meilleurs du marché. Et souvent l’hôpital ne peut pratiquer d’opérations chirurgicales. Ce n’est nullement le personnel médical qui est en cause mais les moyens mis à sa disposition pour pouvoir pratiquer dans des conditions décentes la médecine.

Au niveau du privé, le service est par comparaison plus satisfaisant. Il reste malheureusement hors de portée de nombreux de nos concitoyens en raison notamment de son coût élevé. Les médicaments les plus efficaces fabriqués dans des pays occidentaux sont chers au regard du portefeuille du mauricien moyen.

Il semble dès lors, au-delà de quelques effets d’annonce de chaque nouveau ministre, qu’il y a urgence à investir massivement dans le budget de la santé de l’État afin de réduire la fracture qui existe entre le mauricien pouvant se faire soigner dans le secteur privé et celui qui, tout simplement par manque de moyen, est réduit au seul service du secteur public. L’établissement public de santé, gratuit, doit offrir un service de qualité. Il faut plus d’hôpitaux, de praticiens hospitaliers, de services spécialisés, des équipements de qualité en bon état de fonctionnement et, bien entendu, de meilleurs médicaments. Une formation continue du personnel est également nécessaire pour parfaire leur connaissance et leur permettre de bien utiliser les nouveaux appareils et interpréter les données et d’être à la pointe de l’évolution scientifique. Il y va de la dignité même d’une Nation. Une réforme d’envergure s’impose dans le secteur de la Santé, et ce depuis longtemps déjà.

L’accès à l’eau potable demeure un problème majeur à des périodes de l’année à certaines régions de l’île, dont Port-Louis. L’eau est plus qu’essentielle à la vie et à toutes les activités humaines. Il n’est pas acceptable que notre île connaît, pratiquement tous les ans, à la fois le phénomène de l’inondation et celui de la sécheresse ! Ce sont deux phénomènes antinomiques qui ne peuvent se produire de manière quasi-simultanée. D’un point de vue scientifique, l’île Maurice ne connaît pas de sécheresse. Il s’agit plutôt d’une pure mauvaise gestion de l’eau par les organismes responsables : un manque de captage, un stockage insuffisant et une mauvaise distribution, souvent inégalitaire suivant les régions de l’île. Maurice est un pays suffisamment tempéré et les montagnes couvrent une part importante des surfaces de notre terre. Elles sont de véritables château d’eau et doivent jouer un rôle capital dans la gestion des ressources aquifères car elles concentrent une part importante des précipitations. Il est bien triste de constater que l’eau des montagnes n’est pas récupérée à bon escient et conduite vers des réservoirs. L’eau se déverse tranquillement dans la mer, ce qui constitue une pure perte ! De même, le nombre de nos réservoirs d’eau doit être revu à la hausse, ou, à tout le moins, les réservoirs actuels doivent être agrandis. La consommation en eau a considérablement augmenté avec le nombre d’hôtels et d’industrie que nous avons aujourd’hui et au regard de notre ambition touristique. Il ya lieu également, et aussi évidente que cela puisse paraître, d’optimiser la distribution d’eau. Les pertes dans les réseaux de distribution doivent être proscrites. Il est urgent de réhabiliter les réseaux fuyards. Or, la Central Water Authority (CWA) reconnaît des pertes significatives dans le processus de distribution sans que de mesures adéquates soient prises. La seule gestion que cette Autorité puisse faire c’est de pratiquer des coupures bien dramatiques pour nos concitoyens.

Le système de transport en commun nécessite tout aussi une réforme en profondeur. Tous les acteurs économiques convergent sur la nécessité d’améliorer le trafic routier. Le gouvernement lance l’idée de vider la capitale des institutions les plus fondamentales de la République, à savoir, le Parlement, la Cour suprême, le quartier général de la Police (Caserne centrale) et les ministères, dont la primature, et de les installer à Highlands qui deviendrait alors une ville nouvelle afin notamment de désengorger la capitale. Cette idée, si elle paraît séduisante, doit être combattue parce qu’elle aboutirait simplement à une délocalisation du problème. L’engorgement restera non pas à l’entrée de Port-Louis mais à sa sortie ou encore sur les axes principales menant à Highlands.

Les solutions pour moderniser le transport à Maurice sont multiples. Il me paraît urgent, toujours dans un souci d’amélioration du bien être du mauricien, d’offrir aux usagers des transports en commun des autobus de qualité. Les autobus qui sont actuellement en circulation, fabriqués en Asie, n’offrent aucun confort aux passagers et créent beaucoup de pollution. D’autres types de bus existent en Europe et sont sensiblement différents de ceux qui constituent notre parc autobus. Les autobus européens ont intégré un design moderne et esthétique, une amélioration du confort des sièges, et un réaménagement et la modularité de l’espace. Nous devons nous en inspirer. Les autobus les plus courants dans certains pays d’Europe peuvent aussi transporter environ 100 personnes. Un tel bus équivaut à un bouchon de voitures d’à peu près 1 kilomètre de long, en calculant 1 mètre entre chaque voiture et une longueur moyenne de 5 mètres pour les automobiles. Ce sont notamment les autobus appelés « autobus tandem » ou « accordéon » qui existent à Paris, au Québec, dans les pays nordiques etc. Aussi, des abris bus confortables devraient-ils être installés à travers l’île. Tout doit être fait pour rendre le bus plus fonctionnel, plus accueillant, plus convenable et, au final, plus attractif pour le voyageur.

La mise en place du métro léger ne doit pas être négligée, ainsi que l’ont souligné Paul Bérenger et des experts récemment. Ce projet, certes couteux à court terme, a pris du retard non justifié. Il est plus que nécessaire que ce mode de transport en commun soit effectif chez nous. Il a par ailleurs l’avantage d’être très écologique, propre, ponctuel et particulièrement agréable pour l’usager.

L’amélioration des moyens des transports en commun est une nécessité pour inciter les automobilistes potentiels à laisser leur voiture pour se déplacer.

La création des routes et autoroutes, d’une périphérie (ring road) n’est pas à abandonner aussi.

Par ailleurs, le flux du trafic doit être régulé différemment. Port-Louis est saturée aux heures de pointe, soit de 8h30 à 10h du matin et ensuite de 16h à 17h30. Puis, Port-Louis devient presque une ville fantôme jusqu’au lendemain matin. Les heures de travail dans la fonction publique et le secteur privé sont concomitantes. Je pense qu’on pourrait diminuer sensiblement le flux du trafic en décalant les horaires de travail des deux secteurs. La fonction publique pourrait commencer vers 8 h ou 8h30 et terminer ainsi plus tôt et le secteur privé débuterait plus tard, vers 10 h et terminerait en conséquence plus tard, vers 19h par exemple ou inversement. Le trafic serait mieux dilué. Je pense qu’ainsi, l’encombrement de la circulation automobile sera coupé en deux dans la capitale aux heures de pointe, qui seraient allongées dans le temps. Un tel aménagement n’a aucun coût et peut être mis en place immédiatement.

Enfin, je pense que l’éducation tertiaire doit être revalorisée. Nous sommes confrontés à une difficulté majeure. Nombreux de nos jeunes qui partent étudier à l’étranger, et en particulier en Europe et en Amérique, ne reviennent pas au pays une fois le diplôme obtenu et ce pour diverses raisons. Nous perdons de cette manière nos élites formées dans les plus grandes universités du monde. Or, nous sommes un petit peuple et la fuite des cerveaux nous portera bien préjudice à long terme.

Nous avons chez nous des établissements d’enseignement supérieur dont l’Université de Maurice qui forment nos étudiants qui seront eux sur notre marché de travail. Si l’Université de Maurice constitue une belle structure par son aspect architecturale et son décors, force est de constater que notre Université souffre d’un manque relatif de production du savoir et de la recherche aux niveaux les plus élevés. Or, c’est ce qui fait la particularité d’une université par rapport aux autres établissements d’enseignement supérieur. Chez nous, plusieurs disciplines ne sont enseignées qu’au niveau de l’obtention d’un premier diplôme (Bachelor’s degree) et non au-delà. Peu d’enseignements approfondis ou de formation à la recherche sont dispensé. La raison principale est que la bibliothèque de l’université est très mal fournie en ouvrage empêchant toute recherche et une meilleure formation des étudiants. Elle ne répond nullement à leur aspiration. Il n’y a pas par ailleurs à Maurice de bibliothèque nationale disposant d’une collection pluridisciplinaire et importante de publications.

C’est pourquoi j’estime que pour parfaire notre système d’éducation au niveau tertiaire nous devons investir massivement dans la création d’une grande bibliothèque et de bibliothèques spécialisées au sein de l’Université. Il y va de la qualité de la formation dispensée.

Cette réflexion est loin d’être exhaustive. Je n’ai pas évoqué ici d’autres secteurs nécessitant également une remise à plat. C’est le cas de la Justice. Je laisse volontairement la réflexion aux juristes. Cependant, deux principes au moins doivent guider toute réforme en la matière : simplification et modernisation des procédures et des Lois et accélération du traitement des affaires par nos juridictions.

Bien entendu, toutes ces réformes, actuellement en souffrance, ne peuvent être réalisées que si notre croissance économique est maintenue et notre PIB élevé.

Nous devons faire preuve d’audace et d’ambition dans la gestion des affaires de l’État lors des prochaines consultations électorales.

Dr Ismael DILMAHOMED

(Article paru dans le Journal Le Mauricien du 15 avril 2010, rubrique Forum)


Avons-nous une conscience internationale ? Je me pose cette question tant j’ai le sentiment que la diplomatie de Maurice est en panne sèche. Cela fait plusieurs mois que le pays est privé d’un ministre en titre des affaires étrangères. Depuis le départ de Madun Dulloo en mars 2008, c’est le Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui a pris le portefeuille des affaires étrangères, cumulant ainsi, outre la primature, la défense, les affaires intérieures, la fonction publique et les réformes administratives, Rodrigues et les territoires d’outre-mer du pays. Il va de soi que c’est trop pour un seul homme. L’île Maurice a besoin d’un vrai ministre en titre, une réelle vision pour notre diplomatie, parce qu’ailleurs le monde bouge, et rapidement. Le Chef du gouvernement ne peut pas être en constant déplacement à l’étranger en qualité du ministre des affaires étrangères.

Il n’est pas acceptable que le Premier ministre tarde à nommer un vrai chef de la diplomatie pour des raisons purement électoralistes et partisanes. Certains diront qu’il attend de savoir s’il doit ou pas organiser une élection partielle dans la circonscription d’Ashok Jugnauth, pour éventuellement faire savoir aux électeurs de la circonscription que son candidat serait ministre dans son gouvernement. Ce qui serait une motivation supplémentaire de l’électeur pour voter pour son candidat. Faire passer l’intérêt de son parti avant l’intérêt national est, bien entendu, fort condamnable et mérite une sanction sévère.

Le monde est aujourd’hui, comme on le dit communément, globalisé ou est devenu un village global. Un ministre des affaires étrangères a un rôle crucial à jouer dans le développement de son pays, dans l’interaction avec d’autres pays. Il ne fait plus de la seule représentation à l’étranger. Il met en œuvre une diplomatie d’influence suivant une stratégie ou une géopolitique bien réfléchie pour le bénéfice, le développement économique et le rayonnement de son pays.

La République de Maurice n’est pas un si petit État, même si nous faisons partie, avec raisons, des États insulaires. La République est composée de plusieurs territoires ou îles, répandus dans l’Océan-Indien, indépendamment de nos revendications sur les Chagos (dont Diégo Garcia) et de Tromelin. Nous sommes composés au moins de Maurice elle-même, Rodrigues, Agaléga, l’archipel Cargados Carajos (St-Brandon) et d’autres dépendances comme les bancs Saya de Malha (40,808 km² de sable émergé) et Nazareth et des îlots. Nous avons, en possédant de tels territoires, notre destin international à forger.

Il ne serait pas inutile de souligner que la République de Maurice a, au minimum, une Zone Économique Exclusive (ZEE) reconnue internationalement large de 1.294.000 km² ! Alors que le Royaume-Uni, à titre comparatif, ne possède aujourd’hui que 3.973.760 km². La Zone Économique Exclusive est les 200 milles marins (370,4 km) à partir des côtes du territoire national constituant le territoire marin (ou mer territoriale). Autrement-dit, la République de Maurice rayonne dans l’Océan-Indien. Ce territoire pourrait s’accroitre (devenir approximativement 1.900.000 km²) si Maurice récupère sa souveraineté sur les territoires faisant actuellement l’objet de contestation, à savoir, les Chagos et Tromelin.

Au 21ème siècle, on ne peut pas négliger l’importance de l’étendue de notre territoire, qu’il s’agisse de terre ou de mer. Cette question a trop longtemps été négligée. Avec les nouveaux moyens technologiques et scientifiques, toute partie du globe peut être exploitée. A titre indicatif, le pôle nord, autrefois laissé à l’abandon des seuls scientifiques est aujourd’hui l’objet de la plus grande convoitise entre les grandes puissances. Le Canada revendique son entière souveraineté alors que les États-Unis affirment que les eaux constituant le passage nord-ouest font partie du domaine international, donc accessibles à tous. Il en serait de même du pétrole ou d’autres ressources si jamais ils y sont découverts !

En ce qui nous concerne, notre espace marin nous procure d’emblée des ressources marines énormes. Par ressources, on entend celles résultant de l’exploitation de ses eaux pélagiques, du fond de l’océan, et du sous-sol de celui-ci. Les exploitations de surface sont également visées. Les parties émergées peuvent être exploitées à des fins touristiques. La mer peut aussi être exploitée à l’instar de ce que fait Dubaï quand bien même nous n’aurions pas les mêmes moyens financiers. Le moment pourrait venir un jour où nous disposerons le financement ou les promoteurs nécessaires. Il est également question aujourd’hui de fabriquer de l’énergie grâce aux vagues un peu comme les éoliennes grâce aux vents.

C’est pourquoi je pense que notre conscience territoriale doit demeurer un élément essentiel de notre diplomatie. La reprise sous notre souveraineté des territoires ayant fait historiquement partie de Maurice (les Chagos et Tromelin notamment, outre éventuellement comme l’a indiqué Paul Bérenger, les îles Glorieuses, Amsterdam, et St-Paul) doit constituer un axe principal de notre diplomatie. Ce ne doit pas être un simple sujet à évoquer, comme le fait l’actuel gouvernement, lors des rencontres internationales, pour avoir bonne conscience. Il est d’ailleurs fort regrettable que les autorités n’ont pas donné suite aux conférences de Paul Bérenger au cours desquelles il a fait la démonstration, arguments solides à l’appui, de l’appartenance à Maurice d’un certain nombre de territoires. Maurice (ou Isle de France) était le chef-lieu des Mascareignes et peut le redevenir.

Au-delà de la question territoriale, la République de Maurice est un relativement grand pays de par sa diversité culturelle et linguistique. Les grandes villes du monde, Londres, Paris etc., deviennent aujourd’hui cosmopolites à l’instar de ce que nous sommes déjà. Nous sommes constitués de cette diversité dès la création même de notre État. C’est un atout considérable à mettre au service de notre diplomatie. Pas seulement en faisant de la figuration ethnique lors des déplacements d’une délégation mauricienne à l’étranger (par exemple, mettre des sino-mauriciens dans la délégation lorsqu’elle va en Chine), mais en multipliant notre présence effective dans plusieurs pays. Il est bien malheureux de se rappeler que Maurice était absente lors du vote de l’adoption de la Convention sur la diversité culturelle le 20 octobre 2005, ce qui constitue un faux pas qui n’est pas passé inaperçu auprès de certains pays. L’absence de Maurice a été interprétée comme un soutien à la position, très minoritaire, des États-Unis et d’Israël. La République de Maurice devrait être à l’avant-garde en matière de diversité culturelle parce que nous en somme l’exemple vivant d’une grande réussite en la matière. Or, nous avons laissé passer une chance historique.

Par ailleurs, nous ne disposons pas plus d’une vingtaine d’ambassades auprès des pays étrangers malgré notre grande diversité culturelle et religieuse. Nous n’avons aucune ambassade après des pays du Golfe Persique alors que c’est une région qui connaît un développement économique d’envergure avec l’émergence de puissances économiques comme l’Arabie-Saoudite, les Émirats Arabes Unis, le Qatar etc. Ces pays se sont lancés dans une diversification de leur économie en faveur des nouvelles technologies, du commerce et du tourisme de luxe et des affaires. Nous devons y être présents pour récupérer une partie de ce développement à notre bénéfice. Nous avons aussi une relation cultuelle forte avec notamment l’Arabie Saoudite de par le nombre de pèlerins mauriciens qui s’y rendent tout au long de l’année. Notre absence dans ce pays n’est pas justifiée. Nous ne sommes pas présents non plus en Amérique Latine alors qu’un pays comme le Brésil fait une percée sur la scène internationale. Le même raisonnement vaut pour l’Afrique du Nord qui connaît un boom économique. C’est le cas du Maroc et de la Tunisie. Inversement, très peu de pays étrangers de la planète ont une mission diplomatique chez nous. Nous devons les inviter à mette en place une représentation chez nous. La situation actuelle ne correspond pas à notre capacité de rayonnement sur la scène internationale.

Il est urgent pour Maurice d’être présente auprès de tous les pôles économiques de la planète. Les mauriciens, en tant qu’individus, y sont présents, d’ailleurs presque partout dans le monde grâce à l’émigration. Il n’est pas inutile de rappeler en ce sens que le mauricien, de manière générale, réussit très bien son épanouissement à l’étranger et surtout dans les grands pays de la planète en Europe et en Amérique. Notre diversité linguistique et culturelle nous le permet.

Avec la mondialisation deux langues se sont imposées ; d’abord bien entendu l’anglais et ensuite le français. Nous sommes un des rares pays, outre peut-être le Canada, à pouvoir pratiquer de manière générale le bilinguisme anglais-français. Nous pratiquons aussi d’autres langues non négligeables. C’est un atout considérable que nous devons davantage exploiter pour notre rayonnement. Nous avons une avance. Cela nous permet par exemple d’abriter des instances internationales ou, du moins, africaines ou régionales. Il est malheureux que par la faute de autorités actuelles l’île Maurice n’a pas pu accueillir en son sein la Cour Africaine de Justice alors que Maurice présentait des atouts considérables : tradition démocratique et droit mixte (common law et droit civil français) et accessibilité aisée et pouvait être un consensus entre anglophones et francophones. Avoir chez soi des instances internationales est très important pour être mieux connu dans le monde. Cela participe à notre image, nécessaire, nous le savons tous, pour notre développement économique.

Nous devons faire un effort en ce sens. De par notre ouverture sur le monde, notre diversité culturelle et linguistique, Maurice doit abriter des instances internationales. De même, il nous appartient de multiplier l’organisation de colloques et conférences ou sommets d’envergure internationale chez nous. L’actuel régime n’a pas beaucoup d’actifs à cet égard contrairement aux temps où la famille militante était au pouvoir.

Notre appartenance à plusieurs organisations internationales nous permet de faire un lien entre elles. Nous pouvons être un pont entre la SADC (Southern African Development Community) et le monde francophone. C’est dommage que cette idée, que j’avais lancée lorsque j’étais aux responsabilités, n’a pas été suivie par la suite. Nous pouvons également être un trait d’union entre le Commonwealth et la Francophonie.

Beaucoup de chantiers sont à ouvrir par notre diplomatie. Il ne suffit pas de faire venir quelques investisseurs étrangers chez nous. Parce que d’autres pays émergents économiquement font de même avec succès aujourd’hui.

Notre diplomatie doit faire œuvre d’innovation et de propositions au sein des organisations internationales et non pas simplement signer des conventions ou traités élaborés par les autres. Nous avons un devoir d’initiative. A nous de participer ou prendre l’initiative de la rédaction des conventions. Récemment, Maurice a choisi de faire partie de la zone libre-échange des pays membres de la SADC (SADC free-trade area). Avons-nous analysé les conséquences pratiques d’une telle intégration ? Je ne le pense pas. Car qui dit zone de libre-échange dit également, à l’instar du modèle de l’Union Européenne, libre circulation des personnes et des marchandises à court terme. Sommes-nous prêts à accueillir chez nous les ressortissants de certains pays membres de la SADC qui connaissent de graves difficultés économiques et politiques et administratives de manière récurrente ? Faut-il rappeler que certains des pays membres de la SADC sont dirigés par des régimes dictatoriaux et connaissent la rébellion, le génocide, et pratiquent la répression politique la plus violente. L’Europe est confrontée à des demandes d’asile politique de manière débordante des ressortissants de ces pays. Certains ne sont pas des États dits capables encore. Je pense que Maurice aurait dû émettre des réserves à ce sujet.

Notre diplomatie doit être plus prudente. Il serait mieux pour Maurice de s’engager dans une aventure d’ouverture des frontières avec des pays qui pourraient nous tirer vers le haut que vers le bas.

Dr Ismaël DILMAHOMED

Ancien Ambassadeur de Maurice en France

Article publié dans le Journal l’Express du 25 août 2008

J’ai appris avec étonnement la récente décision avalisée par le Conseil des ministres (Cabinet) portant sur la délocalisation à Highlands d’un certain nombre d’institutions politiques, administratives et judiciaires. Il s’agit en l’occurrence des ministères, dont la primature, de l’Assemblée nationale, de la Cour suprême et du quartier général de la police.

Cette décision appelle de ma part les plus grandes désapprobations, en tant que mauricien, portlouisien et ancien conseiller municipal de la mairie de Port-Louis.

Le mode d’adoption de cette décision est fort contestable. Il est question de vider Port-Louis des plus importantes institutions de la République. C’est une décision lourde de conséquences et ce à plusieurs titres. Aucun débat n’a jamais été engagé. Ce projet n’a pas été au préalable annoncé. Le Parlement a été complètement mis à l’écart. Bien entendu, ce projet ne figurait pas dans le programme électoral de l’Alliance Sociale présenté au peuple lors des dernières élections législatives de manière à ce qu’on aurait pu dire qu’il a été approuvé par le peuple. Je pense qu’une décision d’une telle ampleur devrait être adoptée au moins par le Parlement, sinon soumise au peuple directement et non par la seule voie d’une décision du Cabinet. Car elle porte sur le bon fonctionnement des institutions constitutionnelles.

Tout a été fait en catimini et l’on peut sérieusement se demander s’il n’y a pas de délit d’initié (insider trading ou illegal use of privileged information) dans cette affaire. Le prix de l’immobilier montera en flèche à Highlands. Y a-t-il des hauts placés qui en ont profité ? Je m’interroge.

Sur le fond, une telle délocalisation est complètement absurde. Plusieurs raisons en font la démonstration.

Port-Louis est la capitale historique de l’île Maurice depuis au moins en l’an 1735 lorsque Mahé de Labourdonnais avait décidé d’en faire le chef lieu des Mascareignes (l’île Bourbon, l’Isle de France avec toutes ses dépendances dont les Seychelles et Rodrigues). Mahé de Labourdonnais avait initié la construction de l’Hôtel du Gouvernement, où siégeait le Conseil supérieur de l’Isle de France. Les principales institutions y ont été implantées à Port-Louis au fil de son développement et en particulier les pouvoirs exécutifs et judicaires. La délocalisation annoncée constitue un acte contraire au cours historique et la stabilité. Il y a lieu de souligner que la stabilité historique d’une institution fait en même temps son autorité et sa légitimité. A titre comparatif, l’on peut évoquer le cas du bureau du Premier ministre britannique situé au 10 Downing Street à Londres. Son bureau, comprenant une partie pour son domicile, est très exigu par rapport à la place qu’occupe la Grande-Bretagne dans le monde. Le bureau lui-même n’est pas plus grand qu’un banal appartement londonien. Pourtant, il est resté comme le bureau du Premier ministre malgré son poids administratif en raison de l’attachement des britanniques à l’Histoire et à son rayonnement dans le monde. La délocalisation du gouvernement dans son ensemble à Highlands va gommer toute l’histoire, principalement française, de Port-Louis et constitue en soi une atteinte au patrimoine de toute la nation.

Port-Louis abrite effectivement le gouvernement et le judiciaire depuis des siècles. C’est à ce titre que la ville de Port-Louis, devenue une City au sens anglais, a un certain renommé dans le monde. L’architecture des bâtiments témoigne de leur inscription dans le Temps. L’Hôtel du Gouvernement, remontant à l’époque de Mahé de Labourdonnais et donnant sur le port est une beauté architecturale. Il en est de même de la Cour suprême. Leur transfert à Highlands signerait une coupure historique bien dommageable. Les Historiens devraient être sensibles à ce bradage.

Port-Louis est la capitale de Maurice. C’est ainsi parce que c’est la ville qui héberge en son sein les principales institutions constitutionnelles. Il y va de la définition même d’une capitale. Transférer toutes ces importantes institutions à Highlands équivaudrait à dire que la capitale de Maurice serait désormais Highlands. Or, Highlands n’est même pas une ville et n’a pas de surcroit le renommé international de Port-Louis. Comment peut-on brader, par une décision illégitime, tout le rayonnement d’une vraie capitale ?

Je n’ai pas évoqué les conséquences économiques, culturelles, sociales et aussi religieuses d’une telle délocalisation à Highlands. Il va de soi que la portée d’une telle décision dépasse le cadre d’un simple changement de lieu. Plus de 11000 fonctionnaires sont concernés. A leur côté, le secteur privé sera également affecté. A titre d’exemple, le transfert de la Cour suprême à Highlands entrainerait dans la foulée le transfert de toute la profession légale, avoué, avocats, notaires etc. Est-ce que les ambassades qui sont actuellement à Port-Louis vont y rester ? La question se pose également pour tous les autres commerces, magasins, restaurants. Qu’en sera-t-il des édifices religieux ? Certains fonctionnaires ont pour habitude de faire des prières dans les édifices religieux pendant les pauses- déjeuners ou à la fin de leur service. Ils seront manifestement privés de cette faculté si l’Administration est transférée à Highlands qui n’offre pas de telle structure.

On voit donc que Port-Louis serait vidée à terme. Pas seulement de l’Administration mais de tout ce qui fait la vie dans une ville. Déjà, Port-Louis est touchée par une certaine désertification le soir et le week-end, ce qui a d’ailleurs occasionné une forte insécurité publique (breakdown of law and order).

L’objectif affiché de la décision de transfert est de désengorger la capitale. Si cet objectif est louable en soi, la solution retenue est critiquable. On aurait pu transférer certaines institutions, certains ministères mais pas les plus importantes. On aurait pu y affecter les nouveaux organismes de l’État et Highlands deviendra une nouvelle ville, sans en faire, comme c’est le cas en l’espèce, une nouvelle capitale par la force des choses. D’autres solutions existent et sont moins coûteuses pour la régulation du trafic dans la capitale.

Le projet de délocalisation à Highlands nécessite près de 100 milliards de roupies alors même que le Bâtiment du Trésor a été rénové récemment pour la primature. Une Administration responsable ne peut pas se permettre de tel gaspillage. L’on sait lorsqu’il s’agit d’investir dans le social ou la santé l’on nous invoque systématique le manque de moyen financier. Je pense qu’il est plus judicieux de faire un hôpital moderne à Port-Louis avec l’argent déployé pour Highlands ! L’unique hôpital de la capitale fonctionne dans un état qui laisse beaucoup à désirer et n’offre pas un service, par manque de moyens, de qualité à nos compatriotes.

Défendre la capitale, l’histoire de Port-Louis, est l’affaire de tous les mauriciens, pas seulement des portlouisiens. Même ceux qui vivent à l’étranger sont concernés par une telle décision. Il est plus qu’étonnant que ni le Lord-Maire, ni les ministres issus de la capitale n’a trouvé mot à dire face aux conséquences de la délocalisation annoncée. C’est pourquoi j’invite effectivement l’ensemble des mauriciens à faire connaître leur désapprobation de la mort programmée du rayonnement de Port-Louis.

Dr Ismaël DILMAHOMED

Ancien Ambassadeur de Maurice en France

(article publié dans Le Mauricien du 23 juilliet 2008 (forum)

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