Dans toutes les sociétés, les jeunes ont été les moteurs du changement. La France l’a connu en mai 1968 et ce mouvement a retrouvé son expression à Maurice en 1975. Les pays arabes connaissent aujourd’hui un bouleversement sociétal grâce principalement à une jeunesse qui a su braver la répression. La jeunesse n’est pas responsable du monde en crise dans lequel nous vivons mais elle est la première à subir les difficultés. Nous devons pour cela avoir une politique de la jeunesse, leur tendre la main afin d’anticiper intelligemment leur appréhension.
Les temps sont durs et il est devenu beaucoup plus difficile de devenir adulte malgré tous les progrès technologiques dont disposent les jeunes pour s’épanouir. Il est plus difficile parce que l’insertion professionnelle d’un jeune est un véritable parcours du combattant. Autrefois, le jeune diplômé d’une université étrangère qui retournait à Maurice était accueilli presque sur du velours. Aujourd’hui, de nombreux jeunes diplômés cherchent dans un premier temps à retrouver un emploi ailleurs et en cas d’échec seulement ils retournent au pays natal. Parallèlement, de nombreux jeunes qui ont abandonné les études ou qui sortent du système scolaire sans diplôme ont la plus grande difficulté pour se frayer un chemin au sein de notre société.
L’île Maurice est à un tournant de son développement. Nous avons connu une grande réussite économique là où d’autres nations ont lamentablement échoué. Nous pouvons être fiers de notre croissance économique malgré la crise mondiale à laquelle nos dirigeants ont eu à faire face. Maurice est en développement économique constant.
Cette réussite économique ne sera pas pérenne si la jeunesse ne trouve pas sa place au sein de notre société et n’est pas dans une situation optimale pour prendre la relève le moment venu. Déjà nous pouvons ressentir un éloignement de la jeunesse, pas tous les jeunes heureusement, de la politique. La jeunesse d’aujourd’hui ne vit plus les mêmes expériences que les générations précédentes : la société, les repères idéologiques et les grandes problématiques ont changé. Par conséquent le rapport à la politique n’est plus le même, il s’exprime autour d’attentes nouvelles, dans la recherche de nouvelles formes et par des modes d’action renouvelés, qui continuent de témoigner cependant d’un attachement profond aux valeurs démocratiques, de justice, d’équité et de développement. Un jeune est plus particulièrement attaché au progrès qu’une personne âgée.
Il est de notre devoir de comprendre la jeunesse et de lui tracer un chemin ou à tout le moins de le lui faciliter.
Notre jeunesse a besoin d’une éducation plus élargie. Notre éducation est caractérisée essentiellement par une formation essentiellement académique. Il y a lieu de consacrer une part de civisme, de culture politique afin que la chose politique ne soit pas réservée mais démocratisée à l’ensemble de nos jeunes. Nous devons apprendre à nos jeunes les valeurs des sociétés modernes.
Aussi, chaque jeune doit pouvoir faire valoir ses talents. Le décrochage scolaire ne doit pas être une fatalité. Nous devons mettre en place un système d’orientation à la jeunesse, une structure qui permet d’identifier chez chaque jeune qui en éprouve le besoin ses talents, ses aptitudes et l’accompagner dans son évolution naturelle. Ceux qui sont sortis du système éducatif sans qualification doivent avoir droit à une formation et bénéficier d’une politique de l’insertion par le travail ou une formation de type professionnel. L’éducation académique gratuite seule n’est pas suffisante et ne sert qu’une partie de la jeunesse, plus particulièrement la partie la plus aisée.
Par ailleurs, l’Etat serait bien inspiré à mettre en place une nouvelle politique d’accueil de sa nouvelle élite. Un débat s’est instauré sur l’obligation pour les boursiers d’Etat à retourner à l’île Maurice pour exercer un emploi une fois la formation terminée. En réalité, la problématique de ce débat est mal posée. Nous devons inciter nos jeunes diplômés des prestigieuses universités à venir servir le pays ou notre société. Les jeunes diplômés ont le sentiment, à tort ou à raison, de ne pas être accueillis à la hauteur de leur nouvelle capacité. Maurice doit reconnaître ses enfants et leur accorder la possibilité de s’épanouir professionnellement. Car nous sommes à peine plus d’un million d’habitants et nous ne pouvons avoir le luxe de perdre notre élite, qui d’ailleurs réussit merveilleusement bien sous d’autres cieux.
Notre jeunesse, c’est notre capital et c’est bien aussi notre avenir. Une politique forte et attrayante à l’égard de la jeunesse est nécessaire.
Dr Ismael DILMAHOMED, publié dans Le Mauricien du 11 février 2011