Feeds:
Articles
Commentaires

A l’approche des nouvelles élections municipales, il ne  serait pas inapproprié pour les éventuels candidats et partis de débattre du projet pour la ville, en particulier, la capitale, Port-Louis.

Port-Louis est une ville historique. Elle est le chef-lieu de l’île Maurice depuis au moins en l’an 1735 lorsque Mahé de Labourdonnais avait décidé d’en faire celui des Mascareignes (l’île Bourbon, l’Isle de France avec toutes ses dépendances dont les Seychelles et Rodrigues). Mahé de Labourdonnais avait initié la construction de l’Hôtel du Gouvernement et les principales institutions y ont été implantées au fil de son développement. Parallèlement, Port-Louis est devenue le carrefour du développement, de la rencontre des commerces nationaux et internationaux alors que la culture s’y est installée.

Toutefois, Port-Louis a considérablement perdu de sa touche et inspiration françaises. Aussi n’y a-t-il pas lieu d’être observateur pour constater que Port-Louis fait face à de nouveaux défis qu’il est urgent de relever : crise de l’embouteillage, prolifération de vendeurs à la sauvette (street hawkers) que l’on appelle communément marchands ambulants, régression de la qualité de l’environnement et réchauffement, manque de loisirs, de lieu de culture et d’éducation, délabrement du patrimoine.

Il nous faut de prendre l’ensemble de ces problèmes à bras le corps et y apporter des solutions efficaces. C’est l’enjeu des prochaines élections.

Les solutions pour moderniser le transport à Port-Louis sont multiples et il s’agit de faire preuve d’audace. Il me paraît urgent, toujours dans un souci d’amélioration du bien-être des portlouisiens et des mauriciens en général, d’offrir aux usagers des transports en commun des autobus de qualité. Les autobus qui sont actuellement en circulation offrent peu de confort aux passagers et créent beaucoup de pollution. D’autres types de bus existent en Europe et sont sensiblement différents de ceux qui constituent notre parc autobus. Les autobus européens ont intégré un design moderne et esthétique, une amélioration du confort des sièges, et un réaménagement et la modularité de l’espace. Nous devons nous en inspirer. Les autobus les plus courants dans certains pays d’Europe peuvent aussi transporter environ 100 personnes. Un tel bus équivaut à un bouchon de voitures d’à peu près 1 kilomètre de long, en calculant 1 mètre entre chaque voiture et une longueur moyenne de 5 mètres pour les automobiles. Ce sont notamment les autobus appelés « autobus tandem » ou « accordéon » qui existent à Paris, au Québec, dans les pays nordiques etc. Aussi, des abris bus confortables devraient-ils être installés à Port-Louis. Tout doit être fait pour rendre le bus plus fonctionnel, plus accueillant, plus convenable et, au final, plus attractif pour le voyageur. Une telle problématique n’est certainement pas du ressort d’une municipalité, mais il lui appartient, en tant qu’autorité locale, d’en faire la proposition aux autorités nécessaires pour le bien-être de ses habitants.

La prolifération des vendeurs à la sauvette, dits marchands ambulants, est un problème majeur de la ville de Port-Louis. De manière plus profonde, elle traduit une certaine fracture sociale au sein de la population : celle intégrée dans le développement et celle vivant à la marge. Il appartient aux autorités locales de faire intégrer cette catégorie de marchands dans une économie formelle et digne de ce nom. Il y a lieu de créer de nouveaux marchés à Port-Louis. Le Marché Central droit être agrandi pour créer des étales supplémentaires et d’autres lieux doivent être aménagés pour la création de marchés et de boutiques. Parallèlement, il appartient à l’Etat de mettre en place une politique d’incitation à la création de petites entreprises pour que les sans-emplois condamnés à la débrouillardise puissent mieux développer un commerce et sortir de l’économie souterraine.

La qualité de l’environnement s’est considérablement détériorée à Port-Louis. Ce phénomène était inéluctable à partir du moment où il y a une densité de voiture, une concentration des administrations et un accroissement des immeubles. Il est important pour toute nouvelle construction, et surtout les grands projets, de respecter des règles strictes d’urbanisme et d’environnement. Port-Louis a connu un réchauffement climatique accentué pour ces raisons. Il appartient à la municipalité de lancer une sérieuse politique de l’environnement pour rééquilibrer l’écosystème dans la capitale. Port-Louis doit redevenir une ville écologique phare. Il faut adoucir la circulation, mettre l’emphase sur le vélo, en particulier la nuit. Les trottoirs sont à aménager pour mieux permettre la marche par les piétons afin qu’ils délaissent autant que possible la voiture. Les citadins ainsi que les propriétaires de locaux commerciaux doivent végétaliser leurs murs et toits autant que possible, autrement dit, il faut créer des jardins sur les toits et terrasses. Les espaces verts et jardins de la ville sont à entretenir avec plus d’attention et de professionnalisme afin de favoriser une meilleure qualité de l’air. Tout particulièrement les jardins de la Plaine-Verte, la Compagnie et des Salines doivent retrouver leur charme. Il serait bien inspiré si l’hippodrome des Champs de Mars accueillait en son sein de nouveaux airs attractifs. Les collines et montagnes entourant Port-Louis doivent s’analyser comme un patrimoine forestier qu’il y a lieu de protéger et améliorer pour la qualité de l’air à Port-Louis.

Port-Louis est la capitale de Maurice. Elle doit être la seule capitale au monde qui manque de manière si criante en activités culturelles, éducationnelles et de loisirs. Le Théâtre de Port-Louis, érigé en 1822 d’après de modèle de l’Opéra à Paris, est dans un état de délabrement complet. Or, il pourrait bien être le centre de diverses manifestations culturelles. C’est un patrimoine historique que la ville doit restaurer au plus vite. La Ville doit multiplier les activités culturelles, notamment le week-end, car elle ressemble trop à une ville morte hors des heures de bureau. Dans le même ordre d’idée, les parcs de loisirs sont à réaménagé pour être plus conviviaux et attractifs pour les jeunes. Enfin, Port-Louis a besoin d’une bibliothèque moderne et dignement fournie en ouvrages et ouverte durant le week-end.

Port-Louis est l’héritière d’un riche patrimoine immobilier. La conservation de ce patrimoine est un devoir envers l’humanité toute entière. Les maisons coloniales font partie du décor architectural de la ville. Il revient à la municipalité de sensibiliser les propriétaires privés à la conservation et restauration de ce patrimoine.

L’ensemble de ces propositions n’est bien entendu pas exhaustif. Il ne s’agit que des idées phares autour desquelles devrait être axée une nouvelle politique de développement à Port-Louis. Tel est mon sentiment.

Dr Ismael DILMAHOMED, publié in Le Mauricien du 21 juin 2011

Dans toutes les sociétés, les jeunes ont été les moteurs du changement. La France l’a connu en mai 1968 et ce mouvement a retrouvé son expression à Maurice en 1975. Les pays arabes connaissent aujourd’hui un bouleversement sociétal grâce principalement à une jeunesse qui a su braver la répression. La jeunesse n’est pas responsable du monde en crise dans lequel nous vivons mais elle est la première à subir les difficultés. Nous devons pour cela avoir une politique de la jeunesse, leur tendre la main afin d’anticiper intelligemment leur appréhension.

Les temps sont durs et il est devenu beaucoup plus difficile de devenir adulte malgré tous les progrès technologiques dont disposent les jeunes pour s’épanouir. Il est plus difficile parce que l’insertion professionnelle d’un jeune est un véritable parcours du combattant. Autrefois, le jeune diplômé d’une université étrangère qui retournait à Maurice était accueilli presque sur du velours. Aujourd’hui, de nombreux jeunes diplômés cherchent dans un premier temps à retrouver un emploi ailleurs et en cas d’échec seulement ils retournent au pays natal. Parallèlement, de nombreux jeunes qui ont abandonné les études ou qui sortent du système scolaire sans diplôme ont la plus grande difficulté pour se frayer un chemin au sein de notre société.

L’île Maurice est à un tournant de son développement. Nous avons connu une grande réussite économique là où d’autres nations ont lamentablement échoué. Nous pouvons être fiers de notre croissance économique malgré la crise mondiale à laquelle nos dirigeants ont eu à faire face. Maurice est en développement économique constant.

Cette réussite économique ne sera pas pérenne si la jeunesse ne trouve pas sa place au sein de notre société et n’est pas dans une situation optimale pour prendre la relève le moment venu. Déjà nous pouvons ressentir un éloignement de la jeunesse, pas tous les jeunes heureusement, de la politique. La jeunesse d’aujourd’hui ne vit plus les mêmes expériences que les générations précédentes : la société, les repères idéologiques et les grandes problématiques ont changé. Par conséquent le rapport à la politique n’est plus le même, il s’exprime autour d’attentes nouvelles, dans la recherche de nouvelles formes et par des modes d’action renouvelés, qui continuent de témoigner cependant d’un attachement profond aux valeurs démocratiques, de justice, d’équité et de développement. Un jeune est plus particulièrement attaché au progrès qu’une personne âgée.

Il est de notre devoir de comprendre la jeunesse et de lui tracer un chemin ou à tout le moins de le lui faciliter.

Notre jeunesse a besoin d’une éducation plus élargie. Notre éducation est caractérisée essentiellement par une formation essentiellement académique. Il y a lieu de consacrer une part de civisme, de culture politique afin que la chose politique ne soit pas réservée mais démocratisée à l’ensemble de nos jeunes. Nous devons apprendre à nos jeunes les valeurs des sociétés modernes.

Aussi, chaque jeune doit pouvoir faire valoir ses talents. Le décrochage scolaire ne doit pas être une fatalité. Nous devons mettre en place un système d’orientation à la jeunesse, une structure qui permet d’identifier chez chaque jeune qui en éprouve le besoin ses talents, ses aptitudes et l’accompagner dans son évolution naturelle. Ceux qui sont sortis du système éducatif sans qualification doivent avoir droit à une formation et bénéficier d’une politique de l’insertion par le travail ou une formation de type professionnel. L’éducation académique gratuite seule n’est pas suffisante et ne sert qu’une partie de la jeunesse, plus particulièrement la partie la plus aisée.

Par ailleurs, l’Etat serait bien inspiré à mettre en place une nouvelle politique d’accueil de sa nouvelle élite. Un débat s’est instauré sur l’obligation pour les boursiers d’Etat à retourner à l’île Maurice pour exercer un emploi une fois la formation terminée. En réalité, la problématique de ce débat est mal posée. Nous devons inciter nos jeunes diplômés des prestigieuses universités à venir servir le pays ou notre société. Les jeunes diplômés ont le sentiment, à tort ou à raison, de ne pas être accueillis à la hauteur de leur nouvelle capacité. Maurice doit reconnaître ses enfants et leur accorder la possibilité de s’épanouir professionnellement. Car nous sommes à peine plus d’un million d’habitants et nous ne pouvons avoir le luxe de perdre notre élite, qui d’ailleurs réussit merveilleusement bien sous d’autres cieux.

Notre jeunesse, c’est notre capital et c’est bien aussi notre avenir. Une politique forte et attrayante à l’égard de la jeunesse est nécessaire.

Dr Ismael DILMAHOMED, publié dans Le Mauricien du 11 février 2011

La République de Maurice, par la voix du Dr Arvin Boollel, Ministre des Affaires Etrangères, a fortement affirmé la souveraineté du pays sur l’Archipel des Chagos, dont bien entendu Diégo Garcia, lors de son intervention à l’Assemblée Générale des Nations Unies le 28 septembre 2010. Notre pays ne peut pas renoncer à son intégrité territoriale.

Au-delà de l’affirmation et du respect de notre souveraineté pleine et entière sur les Chagos, nous devons également, dans un souci de cohésion nationale, accorder la place qui est due à la communauté chagossienne dans l’édifice de la nation mauricienne. Cette communauté fait partie de notre peuple et de la nation mauricienne. Or, les autorités britanniques, sans doute aussi parce qu’elles ont été contraintes juridiquement, ont fini par accorder la citoyenneté britannique aux membres de la communauté chagossienne, ce qui a depuis provoqué l’émergence d’un certain conflit, ou à tout le moins une divergence, entre la position de Maurice et celle de la communauté chagossienne. Maurice revendique exclusivement sa souveraineté. Les chagossiens réclament eux uniquement leur droit au retour et une forte indemnisation en ne souciant pas de la question de souveraineté mauricienne ou britannique ou même en indiquant qu’ils sont désintéressés de la revendication mauricienne dans la mesure où ils sont désormais britanniques.

Je pense que Maurice gagnerait dans sa revendication si elle bénéficiat de l’appui de la communauté chagossienne. Nous devons nous rapprocher de la communauté chagossienne et confirmer aux chagossiens qu’ils font partie intégrante de la Nation mauricienne. Celle-ci est plurielle, non pas seulement en terme d’ethnie et de religions comme on l’entend souvent, mais dans sa composition géographique. La Nation mauricienne est composée de quatre peuples : le mauricien, le rodriguais, l’agaléen et le chagossien.

S’agissant du chagossien en particulier, il a le sentiment, sans doute à raison, que la création de l’Etat de Maurice (ou notre accession à l’Indépendance) a été un acte criminel à son encontre commis par les autorités britanniques dans la mesure où il a été victime d’une déportation en masse de son lieu de résidence habituelle. Olivier Bancoult considère que le 12 mars est un jour de deuil pour sa communauté car la déportation a eu pour conséquence plus ou moins directe le décès de certains chagossiens.

L’île Maurice doit renouer ses liens avec la communauté chagossienne. Je pense que, ne serait-ce que sur un plan symbolique, nous devons commémorer une journée à la mémoire de la déportation des chagossiens.

La déportation en masse d’un peuple est un crime contre l’humanité. Les chagossiens en sont victimes. Les peuples victimes ou leurs descendants commémorent les faits d’un crime contre l’humanité. Les exemples sont nombreux dans le monde.

Je suggère que le 1er mai de chaque année soit une journée de commémoration de la déportation. Le 1er mai est un jour férié presque dans le monde entier. Il permettra une plus grande participation de la nation mauricienne aux cérémonies de la déportation. La diaspora mauricienne hors de Maurice pourrait participer massivement à l’évènement avec le soutien des missions mauriciennes et l’appui des organisations internationales de défense des droits de l’homme. Eventuellement, nous pourrions choisir le 8 novembre, date de la scission des Chagos du territoire mauricien par les autorités anglaises. Si l’on veut être plus fidèle à la chronologie des faits, la date à retenir devrait alors être le 17 juillet, car elle marque le début de la déportation des chagossiens en 1966.

Dr Ismael DILMAHOMED

Ancien Ambassadeur de Maurice en France

(Article publié in Le Mauricien du 4 octobre 2010, pages forum)

La femme doit s’engager davantage dans la vie politique. Ce sont à la fois un vœu, renouvelé récemment par Navin Ramgoolam lors d’un atelier de travail de la Commission de l’Océan-Indien, et un mouvement d’ordre mondial que l’on doit accompagner ici à Maurice pour des raisons tenant avant tout à l’égalité des droits. L’engagement féminin pourrait apporter une certaine moralisation et une meilleure civilité au comportement des acteurs politiques. Tel qu’il a été développé et conceptualisé par Nicholas Machiavel dans son célèbre ouvrage intitulé « Le Prince », l’exercice politique n’a été finalement qu’un art pratiqué par le genre masculin pour conquérir ou se maintenir au pouvoir tout en étant accompagné de faits de scandales, de coups, et d’abus. La référence aux valeurs morales transcendantes, l’intérêt supérieur de la Nation ou la poursuite d’une utopie comme le prônait déjà Platon ont été reléguées à un plan nettement accessoire ou secondaire. Une féminisation de la politique serait susceptible d’accorder un nouveau souffle à celle-ci en lui redonnant ses lettres de noblesse et de vertus. L’exercice politique pourrait être refondé. Ce qui est nécessaire pour que les jeunes s’intéressent davantage à la collectivité et son devenir.

La dernière campagne des élections générales de 2010 a démontré que l’avancement de la place faite aux femmes n’était que timide. Peu de femmes ont reçu l’investiture des grands partis, sans doute en raison de l’absence de potentiels féminins prêts à s’y engager, et il va de soi que très peu d’entre elles ont été élues.

Il serait dès lors opportun, au-delà des déclarations d’intention, de s’interroger sur les moyens concrets à mettre en œuvre pour une meilleure participation des femmes à l’activité politique à Maurice.

Les partis politiques de Maurice doivent prendre l’engagement de d’exercer différemment la façon de faire de la sensibilisation, ainsi qu’ils l’ont fait à propos de l’utilisation des affiches et banderoles. Un corps de règles de bonne conduite doit être établi par la Commission de contrôle des élections (Electoral Supervisory Commission) en ce sens. Les partis doivent s’engager à ce que les orateurs lors des réunions publiques (meetings) ou de tout discours public, n’utilisent pas de langage vulgaires, insultants et surtout sexistes. Telle que la société mauricienne s’est développée, avec ses mœurs et ses valeurs, la femme sera peu encline à s’engager dans la politique tant que celle-ci apparaît sale et inélégante.

Les réunions publiques à ciel ouvert sont peu convenables à la présence d’un public féminin en raison d’un manque de confort qu’elles offrent à l’auditoire. Les partis politiques seraient mieux inspirés à privilégier des réunions dans des salles, convenablement aérées offrant bien entendu des places assises. Cela permettrait à davantage de femmes d’y être présentes.

Parallèlement à ce changement dans le style de la pratique politique, une éducation civique et politique doit être dispensée au sein de nos établissements d’enseignement secondaires afin d’inciter les jeunes élèves à s’intéresser de manière plus active au fait de la vie publique. L’éducation secondaire est trop limitée au savoir académique. Une bonne éducation politique pourrait être assurée par des politiciens de tous bords politiques si des politologues ne sont pas à disposition. Il suffit de quelques heures de cours seulement par an pour créer un nouveau climat et une bonne sensibilisation.

Peut-on aussi procéder, comme dans certains pays et dont la France, à l’instauration légale de la parité hommes-femmes à l’accès aux mandats électifs ? Nous devons sans doute nous diriger dans un avenir pas trop lointain vers une telle configuration. La parité légale n’a de signification que si elle est accompagnée de mesures pouvant inciter les partis à la respecter. En France, la Loi module l’aide publique aux partis politiques en fonction de leur respect de l’application de la parité pour la présentation des candidats aux élections. Un parti peut ne pas recevoir de remboursement de ses frais de campagne par l’État s’il n’a pas accordé l’investiture à la hauteur exigée aux femmes. À Maurice, l’État ne prend pas en charge le financement des partis politiques. Il serait dès lors difficile de mettre en œuvre un processus coercitif de parité électorale selon ce modèle. Néanmoins, nous devons nous en inspirer. L’on pourrait imaginer une privation ou une réduction sensible du temps d’antenne télévisée lors de la campagne aux partis qui ne présentent pas suffisamment de femmes aux élections. Ce serait un sérieux handicap que d’être privé du temps d’antenne officiel.

La participation féminine à la vie publique est une question de bonne volonté. Les associations de défense des droits des femmes doivent porter haut et fort leur revendication mais en faisant de suggestions claires et concrètes pour un réel changement.

Dr Ismael DILMAHOMED

Ancien Ambassadeur de Maurice en France

Publié in Le Mauricien du 12 juillet 2010 (forum)

Abandonnée par les Hollandais, notre île est administrée et acquiert une véritable reconnaissance internationale lorsqu’elle est devenue officiellement l’Isle de France, sous administration française. L’administration française a duré presque un siècle (de 1715 à 1810) mais son influence a perduré jusqu’à nos jours. Il est bien connu que Bertrand-François Mahé de Labourdonnais a fait prospérer l’Isle de France très rapidement avec la fondation de plusieurs villes dont Port-Louis, la construction d’édifices administratifs (l’Hôtel du Gouvernement notamment), de magasins, d’entrepôts et de casernes militaires et Pierre Poivre a donné à l’île une structure environnementale et un nouvel aménagement.

Après l’acte de capitulation de 1810 par les Français, l’île est passée sous l’administration britannique mais celle-ci, conformément à leur pratique d’alors, avait indiqué que les habitants de l’île, devenue Maurice, pouvaient conserver leur « religion, lois et coutumes ». Les Britanniques ont consenti à ce que les habitants de l’île Maurice et de l’île Rodrigues continuent d’utiliser leur langue, leur religion, leur Code civil, leurs traditions et leurs douanes. Peu nombreux et n’ayant pas l’intention de peupler l’archipel, les Anglais avaient fait des concessions. Si toutefois les hauts fonctionnaires français ont été remplacés, la grande majorité des Franco-Mauriciens blancs, avaient décidé d’y rester et poursuivre l’exploitation des terres et commerces. Appuyés par le clergé catholique, ils ont opposé une résistance opiniâtre aux velléités gouvernementales de mainmise linguistique.

Le Français a été maintenu jusqu’en 1832 où le gouvernement colonial anglais a imposé une première politique linguistique : la langue anglaise est devenue obligatoire pour les Mauriciens lors de toute communication avec les autorités britanniques. L’année suivante, l’anglais a été érigé en l’unique langue de l’Administration en servant de critère d’embauche dans les services gouvernementaux.

Malgré cette politique d’introduction le l’anglais comme langue officielle, le français s’est maintenu fièrement comme la langue de la société civile cultivée. La presse écrite francophone a maintenu son essor et s’est développé. Des liens avec la France ont repris progressivement et en particulier après la seconde guerre mondiale.

Lors de l’accession de Maurice à l’indépendance en 1968, les autorités britanniques n’ont pu que prendre acte de cette réalité en énonçant que, même si l’anglais est la langue officielle du pays, le français est une langue de travail à l’Assemblée Législative. Les parlementaires peuvent communiquer en Français, ce qui est toujours le cas. Les Gouvernements mauriciens de l’après Indépendance ont réintroduit la réforme des lois d’origine française, dont le Code civil, en Français.

Maurice est membre de la Francophonie depuis le premier Sommet constitutif de 1986 à Versailles. La langue française s’est développée d’une manière très singulière à Maurice. Enseignée dès la maternelle ou les primaires, elle est la langue dominante au sein des médias. La grande majorité des journaux écrits sont publiés en Français. Le journal principal de la télévision nationale se fait encore en Français malgré l’introduction de plus en plus importante du créole lors des reportages. Les radios libres ont consolidé la place du français dans la diffusion de l’information et des émissions. Les chaînes de télévision étrangères reçues à Maurice sont majoritairement en français. Un certain nombre de lycées français ont vu le jour et des certains instituts d’enseignement supérieur offrent des cours en français.

Néanmoins, l’on ne peut que constater que le Français mauricien, tel qu’il s’est maintenu et développé, est resté seulement comme une langue populaire, parlée par la société civile. Il n’a pas pu acquérir de nouveau un statut, même partielle, de langue administrative ou technique. L’Administration mauricienne ne communique officiellement qu’en anglais à quelques exceptions près. Parallèlement, la langue créole, qui était un prolongement du français, évolue vers une autonomie en ayant une graphie phonétique propre et en intégrant de plus en plus de termes anglais. A titre indicatif, l’on ne dit pas en créole ordinateur portable mais bien « laptop » ou encore l’on ne dit pas « micro-ondes » mais « microwaves » etc. La liste peut être longue pour tous les nouveaux objets.

Si le Français a beaucoup progressé dans les médias, il a régressé en tant que langue de l’Etat dans les rares domaines où il était réservé. Très peu de députés s’adressent au Perchoir (Chair of the Speaker) en Français encore. L’ensemble des interventions parlementaires se font en anglais. Dans ce même prolongement, l’idée de traduire le Code civil, texte historique faisant partie de notre patrimoine, en anglais est l’illustration de ce recul du français comme langue même partiellement officielle de notre pays.

Il y a lieu de se ressaisir. Le Français est une langue internationale, officielle de l’ONU et de l’Union Européenne. Nous sommes membres de la Francophonie. Dans notre région, l’Océan-Indien et en Afrique, le Français est très répandu. Nous avons des rapports historiques et culturels forts et une très grande coopération avec la France. Il est dès lors nécessaire d’avoir une véritable politique francophone à Maurice d’autant que le Français est nettement plus accessible aux mauriciens que l’anglais. Notre bilinguisme a fait notre force et la fierté de beaucoup de mauriciens. Nous devons la consolider et lui accorder un nouvel élan.

Dr Ismael DILMAHOMED

Ancien Ambassadeur de Maurice en France

Publié in Le Mauricien du 26 juin 2010

Faut-il aussi créer une deuxième chambre parlementaire, un Sénat, comme elle est communément appelée et comme proposée par l’Alliance du Cœur ?

A première vue, l’idée est séduisante et l’’intérêt peut paraître multiple. C’est vrai qu’il est utile de faire usage de l’expérience des femmes et hommes politiques qui ont dirigé le pays. En général, une deuxième chambre, telle qu’elle existe dans d’autres pays, comporte en son sein des personnalités expérimentées. Aussi, pourrait-elle refléter un rapport de force différent dans le pays, en tempérant toute victoire écrasante d’un bloc sur un autre si son renouvellement a lieu à une période différente. Elle permettrait à une deuxième chambre d’examiner les lois et apporter des amendements souvent bien nécessaires.

Cependant, une deuxième chambre présenterait une hausse considérable des frais de fonctionnement des institutions. Il y a lieu, je pense, de mieux faire fonctionner l’Assemblée nationale d’abord. Par ailleurs, une deuxième chambre parlementaire serait un moyen pour certains politiciens affairistes de se maintenir aux responsabilités sans besoin d’affronter directement le suffrage. En effet, dans la proposition émise par l’Alliance du Cœur, les Sénateurs seront nommés principalement par le Président et le Premier ministre. C’est une méconnaissance du principe de la séparation des pouvoirs et du principe démocratique. L’on sait que le Président est lui-même choisi par le Premier ministre. Dans cette version, le Sénat sera composé essentiellement de personnalités qui sont à la solde du chef du gouvernement. Une telle version du Sénat est à écarter fermement d’autant que la nomination de ses membres n’est qu’un recul de la démocratie !

Dr Ismael DILMAHOMED

Nous devons toucher du doigt un phénomène sérieux qui transcende les partis politiques : le gaspillage des derniers publics par responsables politiques et hauts fonctionnaires. Il n’y a pas besoin d’être expert financier pour savoir que des administrations, des corps parapublics et des entreprises sous la tutelle de l’Etat et des ainsi que des organismes privés bénéficiant d’une aide de l’État sont souvent les plus mauvais gestionnaires des fonds publics, qui, rappelons-le, sont constitués des contributions de nos concitoyens. Le service de l’Audit d’ailleurs le rappelle régulièrement et épingle certaines administrations sans que cela ne soit suivi, malheureusement, d’effet, et encore moins de sanctions.

L’objet de ces lignes est une réflexion sur les moyens que nous pouvons mettre en œuvre afin de combattre ce mal. L’Etat a certes mis en place des institutions pour combattre la fraude et la corruption. Mais le gaspillage des derniers publics par un décideur politique ou un haut fonctionnaire n’est pas un fait tombant sous le coup d’une sanction, soit administrative soit même pénale. Or, c’est bien un domaine où l’argent du contribuable est souvent utilisé à mauvais escient ou même des fois à des fins tout à fait personnelles. A titre d’exemple, l’on peut évoquer le haut fonctionnaire ou le décideur politique qui fait un voyage officiel à l’étranger en menant une vie de grand luxe au frais de l’Etat, alors même que le voyage ne serait pas si opportun.

Il y a lieu, à notre avis, de pénaliser l’usage de mauvaise foi de biens ou de derniers publics ou tout usage que le commis de l’Etat sait contraire à l’intérêt de celui-ci, ou à des fins personnelles. Ainsi qu’il existe dans certains pays, l’on doit introduire chez nous un délit de mauvaise utilisation des deniers publics (misuse of publics funds) sciemment.

Une fois que cette nouvelle infraction est créée, il reste alors à instaurer un nouveau système de contrôle de la gestion et de l’utilisation des fonds publics pour combattre ce phénomène. Actuellement, à Maurice, le contrôle de l’utilisation des fonds publics est opéré par le service de l’Audit, placé sous la responsabilité d’un Directeur. Cet organisme, malgré la bonne volonté de ses acteurs, n’a pas l’indépendance matérielle nécessaire à l’égard des pouvoirs publics qu’il est chargé de contrôler. En effet, l’Audit n’est qu’un département du ministère des finances. Il n’est pas extérieur à l’administration. C’est un service de l’exécutif chargé de contrôler l’exécutif. Son contrôle ne peut prendre que la dimension d’un contrôle interne et non d’un organisme externe.

Deux autres grands modèles de contrôle existent ailleurs, le modèle anglais et le modèle français, en la matière. En Angleterre, le National Audit Office est un organe du Parlement chargé de faire un audit des dépenses de l’administration et d’apprécier l’opportunité des dépenses (Value for Money (VFM) audit into the administration of public policy). Faisant partie du Parlement, il dispose d’une certaine indépendance à l’égard de l’exécutif et ses constats et rapports sont immédiatement exploités par les parlementaires, notamment ceux de l’opposition. En France, l’audit de l’administration est confié au judiciaire, à la Cour des comptes, composée de juges professionnels. Ce système a l’avantage de judiciariser l’audit et de conférer une certaine autorité morale et une plus grande impartialité à ses constats et rapports.

Pour ma part, j’ai un penchant pour le modèle français, à introduire chez nous, en raison notamment des jeux d’alliances entre partis du gouvernement et d’opposition. Le contrôle des dépenses publiques serait plus effectif, en tenant compte des réalités mauriciennes, s’il était confié à un organisme faisant partie du judiciaire qu’au parlement.

Mais, indépendamment de la solution qui pourrait être choisie à Maurice, un constat de l’audit doit faire l’objet d’une communication au Directeur des poursuites publiques en cas de gaspillage de fonds publics en toute connaissance de cause dans l’hypothèse où une infraction pénalisée a été créée.

L’Etat ne peut plus d’un côté demander à ses citoyens ou à ses fonctionnaires de faire des efforts et de comprendre la difficulté économique du pays et de l’autre permettre les plus folles dépenses inutiles bien souvent pour le seul intérêt de l’ordonnateur des dépenses. L’argent mal dépensé aurait, dans bien des cas, pu être utilisé soit pour des augmentations salariales des fonctionnaires, soit pour des projets de développement ou encore pour l’amélioration des services publics.

La lutte contre le gaspillage doit être portée au même titre que celle contre la fraude et la corruption et de l’insécurité. Une réflexion et des engagements doivent être pris sur ce sujet par les partis concourant au suffrage.

Dr Ismael DILMAHOMED

(publié in Le Mauricien du 2 avril 2010, forum)